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Plus loin dans l’inachevé

 Dans ce recueil, chaque poème semble chanter « l’essor du premier instant ou du premier cri » (toute poésie est une initiation qui recommence les hommes jusqu’au bout du poème qu’ils font, Octavio Paz) voire le flux incessant d’une vie « dont le regard n’aspire qu’à se changer en souffles ».. .(Oiseaux invisibles / de très grand matin / ils ont livré / au sable leur empreintes / et le regard n’aspire /qu’à se changer/en souffles).
 Dans ce recueil, l’esprit d’un enfant semble monter en puissance jusqu’à fendre l’air d’un monde mystérieux et impensable (les enfants n’ont confiance / qu’en la respiration inépuisable / ils sont au monde et le monde est en eux).
 Ici, une vie sans bornes tourbillonne et traîne au large d’un monde sans espace ni durée ; ici, tout contribue à combattre « la mort vivante » qui se représente à nous quotidiennement ; ici, tout célèbre la vie dans sa dimension sauvage et ouvre des espaces auxquels aucun regard ne s’habitue ; ici, enfin, tout « marche » pieds nus dans l’écume d’une destinée qui ne s’écrit nulle part et remet en cause notre relation tronquée au monde, aux images et aux mots (le monde recommence et finit avec chaque poème, Octavio Paz).
 En nous invitant, au détour de chaque page, à nous méfier de notre prétention humaine (que vaut l’opinion d’un homme comparé à la constellation d’étoiles et de mondes qui l’entourent, Giordano Bruno), le poète « décroche » avec le mécanisme transcendantal de l’identité et brise la chaîne des certitudes qui fige nos existences (au même rythme / ces vagues, ces phrases / lorsqu’elles disent / l’horizon,le rivage / le rivage, l’horizon / la bienveillante / incertitude).
 Bref, ce recueil met au jour une pensée qui n’est jamais dans l’air du temps, « tourne » loin du bon sens et du sens commun, accueille le monde dans son mouvement perpétuel et balise les chemins du possible... 
 « Seuils pour l’hiver / L’étang ce matin, saisi par la glace, / nous en faisons le tour, les souvenirs sont inutiles, / c’était jadis, c’était hier, pour savoir avec qui / nous lancions des cailloux quand l’eau est vive, / avec qui nous admirions les ondes / inaltérables : parmi les rires d’un enfant / elles vont au-delà des berges. Que s’envole / tout à coup une mouette, et l’écho se rallume, / nos yeux fidèles, nos yeux se disséminent. »