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Plus loin dans l’inachevé

 Depuis Le Poème commencé (1969), Pierre Dhainaut a publié 30 recueils de poèmes dont les titres indiquent l’orientation : Le regard la nuit blanche, Terre des voix, Fragments d’espace ou de matin, Le don des souffles, Paroles dans l’approchePluriel d’alliance, Levées d’empreintes... 
 Ce recueil, illustré par une belle gouache de l’auteur, se divise en quatre parties : Perpétuelle éphéméride, Rituel de l’imprévoyance, À toi ce qui commence, journal des bords. Pas de rhétorique ni de message chez Pierre Dhainaut : la recherche de grands thèmes s’avère totalement inutile. Loin des certitudes (il s’agit plutôt de la bienveillante incertitude), loin des dogmes ou des concepts, Pierre Dhainaut s’oriente vers la simplicité, vers l’usuel : en témoigne son vocabulaire dénué de mots savants ; ainsi le champ lexical s’élabore avec des mots de tous les jours : nuit, aubier, vague, ferveur, souffle. Avant tout, il s’agit, pour le poète, d’anéantir le « moi » et de faciliter la transmission des souffles à la parole : « Les souffles qu’on emprunte / Le temps est venu de les féconder / On en fera une parole » 
 Unir les contraires (l’obscur, l’éclat ; alléger, affermir}, se mettre en éveil, être désintéressé, cultiver la passion de la patience et de l’accueil, tels sont les motivations de Pierre Dhainaut : « Quel serait avec l’écoute l’équivalent du voyeur ? / Elle rend perméables les limites entre le dehors et le / Dedans, le moi ne fait plus écran, nos constructions / Abstraites lâchent prise : le temps vient, de l’adhésion, / De l’acquiescement, de l’immense... » Voyageur de l’intime à l’infime (débris de fer, de verre, mares croupissantes), privilégiant l’écoute et le regard, Pierre Dhainaut mène une conduite d’ouverture, d’alliance sous l’effet d’une tension créatrice, se dirigeant, parfois, vers l’horizon que l’on peut aussi nommer la transcendance, l’autre rive ou l’invisible : « La permanence est le lien ou le sens qui / Ne s’inscrit en l’espace de nos personnes qu’afin de / L’affranchir, elle est plus que nous fidèle »
 Grâce à l’innocence de l’enfance, aux résonances de la mémoire, à la clameur des vagues et à la houle des feuillages, le poète persiste à relier et à vibrer, recherchant d’abord la vertu d’accueil, la force matinale : «  Ce que nous donnons / Nous le sommes. / Une âme, une lumière / Pour la lumière » 
 Complétant les poèmes, Pierre Dhainaut élabore une réflexion sur le poème, sur l’écriture, unissant le poème et la vie : « Le poème laisse une empreinte, il est aussi un appel d’air./ Il n’y a de poésie que mêlée » 
 Sachant que l’écriture (comme la vie) permet de vaincre les forces d’inertie, que les poèmes dégagent la voie, le poète cultive les rapports d’égalité et de réciprocité entre les mots. Plus loin dans l’inachevé : rester en alerte, s’ouvrir entre approfondissement et ressassement...