Arfuyen sur Twitter
  • Littérature
  • Spiritualité
  • Sciences humaines

Plénitude et sortilège

 Si l’on devait s’appuyer sur le calcul des probabilités, celle de connaître, aujourd’hui en France, l’oeuvre de Maria Angela Aivim serait des plus réduites. Auteur d’un unique recueil paru au Brésil de son vivant, de quelques poèmes épars rassemblés après sa mort et d’une prose (traduite dans le n° 7 de la revue La Treizième), Alvim est née dans l’Etat du Minas Gerais en 1926 et s’est suicidée en octobre 1959. Cette chance si mince vient de prendre corps grâce à l’amoureux travail des traducteurs. A présent le livre existe : il suffit que les lecteurs s’en avisent.
 A la mort de Maria Angela Alvim, Carlos Drumond de Andrade, l’un des plus grands poètes du Brésil moderne, publia un fervent texte de deuil et de reconnaissance. Il est traduit ici : « Tu habitais l’absence, pays de miroirs qui ne reflètent pas les visages, pas même les plus beaux, comme était le tien. Tu avais conquis l’invisibilité à l’intérieur même de l’apparence physique... » Drumond évoque le nom de Rilke. Il y a en effet dans les poèmes d’Alvim la relation voilée d’une expérience, presque d’une révélation, et en même temps la menace constamment présente d’un « sortilège nocturne », d’une fatalité tragique : « Toute mémoire est à venir. / Moi seule, révolue, / vis devancée. »
 Le point culminant est dans ces sept admirables Poèmes d’août, les derniers qu’elle ait écrits. A l’égard de certaines oeuvres brèves, on hésite devant une matière insuffisante, inachevée. C’est le contraire qui se produit ici : la certitude d’une plénitude immédiatement atteinte.