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Pierre Dhainaut, poète de l’air, du vent, des souffles

 Si nous le prononçons pour lui-même, ce nom d’« arbre », 
 nous n’aurons qu’une envie, servir à nouveau 
 la syllabe ardente. Que les branches soient noires 
 ou rayonnantes, bruissantes, que ce soit orme ou saule,
 l’écorce aussitôt se déchire, le tronc brule et s’élève :
 il dit l’entente, il dit l’appel qui vient du monde 
 autant que de la langue. Aucune voix ne tombera, 
 qu’il anime, qu’il oblige a la plus juste écoute,
 le soir également, la terre est la terre promise.

 J ’ai évoqué ici même le nom de Pierre Dhainaut il y a quelques mois, à propos de son ami Jean Malrieu. La parution de trois nouveauxlivres me donne l’occasion de vous parler enfin de Dhainaut lui-même, né en 1935, qui poursuit dans une trop grande discrétion une oeuvre d’une haute exigence.
 En vingt-cinq livres, du Poème commencé (éd. Mercure de France, 1969) à Introduction au large (éd. Arfuyen, 2001) en passant par Prières errantes (éd. Arfuyen,1990) et Dans la lumière inachevée (éd. Mercure de France, 1996), Pierre Dhainaut, ami d’André Breton dans sa jeunesse, a bâti une oeuvre. À bientôt 70 ans, il s’effraie pourtant de ce mot, lui qui se veut poète de l’air, du vent, des souffles – lui, poète de Dunkerque, familier des jeux variables de la mer, qui ne veut pour ses livres qu’une architecture mouvante, sans rien de pesant. De fait, la terre qu’il étreint est avant tout pour lui une Terre des voix, et la poésie un Don des souffles (titres de deux livres parus chez Rougerie en 1985 et 1991). Mais l’étreinte est solide, et le souffle toujours maîtrisé.
 Si je le précise ici, c’est que, dans ses carnets (magnifiquement édités par Voix d’Encre), Pierre Dhainaut s’étonne (en toute sincérité, j’en suis sûr) que j’aime ses poèmes et que j’aie pu leur consacrer quelques études critiques, alors qu’il m’est arrivé d’écrire aussi que je me méfiais d’une rhétorique de l’errance en poésie. Voici donc pour moi l’occasion de souligner ici, en guise de réponse, que la fragilité, le doute intimes qui sont, certes, les traits dominants de cette poésie, ne l’empêchent nullement d’êtreaussi, bien souvent, affirmative, tournée vers la quête d’une sagesse, vers l’apprentissage d’une écoute du monde qui n’a rien de hasardeux mais relève bien d’une méthode (ce qui ne veut pas dire d’un dogme esthétique), proche de la phénoménologie.
 Chez Dhainaut, le questionnement incessant – sur le langage, la perception, le rapport à autrui... – n’est jamais prétexte au relâ¬chement de la forme ! Ses « prières » sont peut-être « errantes », leur allure est souverainement maîtrisée, le rythme de leur pas se reconnaît aussitôt. Et elles s’achèvent avec un art consommé de la pointe, dont témoigne aussi. son don pour l’aphorisme, la formule frappante. C’est assez pour que je le redise ici : oui, il faut lire Pierre Dhainaut.