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Pierre Dhainaut fut initié par André Breton

Pierre Dhainaut est poète. L’œuvre de ce Nordiste, riche de plus de trente recueils, est majeure dans la poésie contemporaine. En 1959, sa rencontre avec André Breton, le père du surréalisme, est décisive.

À l’encre verte, sur la page d’un livre jauni : « Dimanche 6 septembre 1959, 10 h 20-11 h 40. À Pierre Dhainaut qui brûle, en très vif signe d’accueil, André Breton ». La dédicace d’une figure de l’art et de la littérature du XX° siècle, pour l’apprenti poète de 23 ans venu le voir dans son atelier parisien.

« Je cherchais un maître à penser », se souvient Pierre Dhainaut. Quand il rencontre André Breton, il vient d’avoir son premier fils. Il perdra son père quelques mois plus tard. À Dunkerque, à quelques rues de la mer du Nord qui l’inspire, il vit dans une maison où les livres escaladent les murs jusqu’au grenier. Ceux qu’il a accumulés avec sa femme, Jacqueline, professeur de français comme lui. Ceux qui nourrissent depuis toujours la poésie de ce fils d’instituteurs. Parmi eux, Nadja, L’Amour fou et les Manifestes du surréalisme d’André Breton, qu’il a découvert lycéen : ils ont ouvert la voie aux générations suivantes. Avec un credo : l’écriture automatique, l’imagination tenant la plume entre rêve et réalité.

L’été 1959, à 23 ans, Pierre Dhainaut, qui s’essaie à la poésie, écrit à André Breton. « J’ai osé. Un besoin, viscéral. » Moins d’un mois plus tard, le maître, qui a 63 ans, lui répond de sa surréaliste plume : « Cher Pierre Dhainaut, vous êtes des nôtres. » II l’invite à venir le rencontrer chez lui.

Pierre Dhainaut sonne au 42 rue Fontaine, dans le IX° arrondissement. André Breton lui ouvre son antre où sont accumulés livres et objets, statuettes de Giacometti et tableaux du Douanier Rousseau, de Picasso ou Kandinsky. « II était très cérémonieux, comme si tout était mis en scène » : le maître des lieux et son hôte s’installent de part et d’autre d’une immense table. « J’aurais dû être paralysé par la peur. Mais en tête-à-tête, il avait l’art de mettre à l’aise. » Ils parlent de la guerre d’Algérie et d’érotisme... Mais aussi, surtout, de choses « très concrètes ». André Breton veut tout savoir de son visiteur, de ses origines à sa récente paternité : « Le surréalisme n’échappait pas aux nécessités de la vie quotidienne. C’est une très belle leçon qu’il me donnait là ! »

Tout au long de la rencontre, Pierre Dhainaut se sent jugé par une statuette de l’île de Pâques trônant sur le bureau, qui le regarde fixement. Mais l’entretien fini, André Breton propose à son nouveau disciple de participer aux revues surréalistes et à ses célèbres cafés. Pierre Dhainaut fréquente le Cyrano ou la Promenade de Vénus : « C’était très protocolaire. On n’intervenait qu’après avoir tourné dix fois sa langue. On était placé selon son âge, sa notoriété... »

Mais il aura droit à d’autres dédicaces personnelles d’André Breton. Lorsqu’avec Jacqueline, ils le recroiseront, par hasard, en avril 1961 sur le Pont-Neuf : « À Pierre Dhainaut, le printemps au bras et dans les yeux venant à ma rencontre sur le Pont-Neuf » ! Le couple sera aussi invité dans sa maison de vacances de Saint-Cirq-Lapopie, dans la Vallée du Lot. « II était alors très disponible. Mais, amer face aux récupérations commerciales du surréalisme, il n’écrivait plus. »

À 74 ans, Pierre Dhainaut écrit toujours. Après s’être rapproché de son ami, le poète ]ean Malrieu, de graveurs et de peintres. Dos aux surréalistes : « Ils ont forgé mes goûts esthétiques, mais je n’avais pas besoin, comme eux, d’inventer un autre monde. » II préfère la poésie de ce monde-ci : « Moins qu’une phrase, plus qu’un murmure, / nous ne marchons que pour apprendre / la langue des roseaux » (Dans la lumière inachevée, Mercure de France), Une langue qui lui vaut le prix Jean Arp. Créé il y a cinq ans, il récompense une œuvre visionnaire, bâtie en dehors de la pression commerciale et médiatique. Dans la lignée d’André Breton.