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Petit traité de la vie intérieure

Le bienheureux François Libermann (1802-1852) est connu dans l’histoire de l’Église comme le fondateur de la première congrégation missionnaire moderne, la Société du Saint-Cœur de Marie, vouée à l’évangélisation de l’Afrique noire. Il est aussi reconnu comme un grand spirituel, qui vivait d’une spiritualité profondément contemplative, toute faite de docilité aux inspirations de l’Esprit Saint.

Pourtant, très peu de textes de lui ont été publiés jusqu’ici, en dehors de son commentaire de l’Évangile selon saint Jean, C’est à cette lacune que cherche à remédier ce petit livre, composé de textes choisis du P. François, autour du fil conducteur de sa relation avec un séminariste, Eugène Dupont. Il s’ouvre par un bijou, le Petit traité de la vie intérieure, écrit par le Père en réponse à son dirigé qui lui avait envoyé un texte sur le même sujet, texte que le Père considé rait comme composé tout entier « d’après l’art humain » (p. 21).

En 13 chapitres de quelques lignes ou dizaines de lignes, le P. François introduit à une vie intérieure dont le principe est tout surnaturel, où l’âme « reste sans cesse présente elle-même et à notre Seigneur qui demeure en elle » et ainsi « vit et agit sous l’influence et la dépendance de notre Seigneur Jésus-Christ qui vit en elle » (p. 27). On reconnaît dans ces pages la présence d’un authentique maître spirituel, dont la parole réalise parfois dans le cœur du lecteur ce qu’elle signifie.
 
Suivent quatre lettres du P. François à l’abbé Dupont, qui donnent chair aux maximes du traité. On y admire sa finesse psychologique, par exemple sur les méca­nismes intérieurs qui nous poussent ajuger notre prochain (p. 101 sv.). Les pages sur la direction spirituelle sont aussi très éclai­rantes (p. 91 sv.), toutes commandées par l’accueil de la grâce que Dieu fait au dirigé.

L’ouvrage se conclut par le témoignage du P. Dupont sur son directeur, et celui d’une autre de ses dirigées. Une introduc­tion et une postface permettent au lecteur même néophyte de rentrer pleinement dans les écrits présentés.

Dans ces pages, le lecteur carmélitain se retrouve souvent comme chez lui. Outre une compréhension de la vie spirituelle toute centrée sur l’accueil de la grâce à l’école de sainte Thérèse d’Avila (p. 94 sv.), l’atmosphère de ces pages est profondé­ment sanjuaniste (bien que le Saint ne soit jamais cité), et on se prête parfois à penser que Jean de la Croix accompagnateur spiri­tuel devait ressembler au P. Libermann, tout de suavité et de force dans la docilité à la grâce. Pour conclure, nous ne pouvons que formuler un souhait : que ce volume soit le premier d’une longue série.