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Paysages du ciel

 René Schickele (1883-1940) incarne toute une part du destin de l’Alsace. C’est une figure pure, quoi qu’il en soit des idéologies qu’on a voulu lui faire parrainer. Né en Alsace prussienne et luttant contre le pangermanisme, con­vaincu de la position médiatrice de sa région entre deux cultures en vue d’une construction européenne, socialiste pacifiste, il reste en Allemagne en 1918 parce qu’il est effrayé par le patriotisme jacobin du temps et surtout parce que, citoyen français, il ne peut que rester un écrivain allemand. Il quittera sa chère Forêt-noire pour Vence par détestation du nazisme, et écri­ra avant de mourir son premier livre en français, Le Retour. 
 Irène Kuhn et Maryse Staiber, deux professeurs à Strasbourg dont la seconde est une spé­cialiste de notre auteur, ont traduit pour la première fois Paysages du ciel, un essai poétique de 1933, pris entre la nostalgie d’une Alsace interdite et l’adieu à Badenweiler, au paysage alémanique qui en est le pendant. C’est le livre d’une nature amicale permettant de reconquérir une « vie simple », écrit dans un style sobre qui diffère de la véhémence, des audaces des ou­vrages antérieurs.
 Le très beau texte initial, « L’expérience du paysage », évoque le pouvoir qu’a seul le paysage pour prendre – après les bouleverse­ments d’une guerre et le malheur de l’après-guerre – « la mesure de l’innocence, de l’aptitude au bonheur que l’on porte en soi ». Pour Schikele, le paysage de sa région est celui de la terre d’enfance, et « leur différence me rend l’air de famille plus attrayant. » L’extase d’une renaissance de son être profond s’achève sur un poème en vers : l’arche.
 Chacun des petits chapitres est plein d’humour et de charme, avec les notations sur le pays selon les sai­sons, les plantes, les animaux, des personnages inoubliables et surtout les nuages : un long chapitre empli d’imagination et de rêve.