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Pays du soir

 Voici une fort belle édition du dernier recueil de poèmes de l’un des rares prix Nobel de littérature suédois, Pavs dit soir. La personnalité de ce « croyant sans foi » (belle formule que l’on aimerait voir plus partagée, à une époque où la foi justifie de nouveau toutes les barbaries) s’y exprime en toute liberté et dans la plénitude de la maturité. L’angoisse y est peut-être moins soulignée qu’à l’époque du recueil éponyme (1916), mais elle est toujours sous-jacente.
 Pär Lagerkvist aura toujours été en quête (de vérité et de beauté) sans que cela implique de sa part un recul facile par rapport à la réalité et un refus des prises de responsabilité, et donc un exemple pour ses frères humains. Ici, sa voix est épurée, apaisée, songeuse. C’est le triomphe de l’intériorité en ce qu’elle a de plus digne et émouvant. Le texte étant connu dans des versions précédentes, il faut surtout vanter l’entreprise éditoriale : une typographie et une mise en page aérées permettant à chaque poème de respirer, préface et postface, repères biographiques et bibliographiques précis et détaillés.
 La présentation bilingue est la règle dans cette collection, mais ce n’est pas une raison pour en passer le mérite sous silence. L’entreprise présente toujours un certain risque pour le traducteur, exposé à un contrôle public permanent. Le lecteur pourra ainsi chicaner sur le choix de tel ou tel mot. Il n’y a pas lieu de le faire ici, la version française est belle et fidèle, elle respecte le rythme et les inflexions de l’auteur, ce qui n’est jamais facile dans le cas d’une langue dépouillée, contrairement à ce que pensent peut-être ceux qui n’ont pas l’expérience de ce genre de travail d’orfèvre.
 Si l’euphonie profonde et poignante de la langue suédoise – capable d’évoquer sans énoncer ni passer par les concepts – peut faire défaut aux familiers du poète dans sa langue originale, c’est qu’à l’impossible nul n’est tenu et la présentation bilingue est là pour remédier le plus possible à cette perte inhérente au génie respectif des langues.
 Au total, un très beau travail et une réussite éditoriale dont il convient de féliciter tous les responsables et qu’il faut reconunander à tous les amateurs de poésie et de belle littérature hors des sentiers battus (des avenues) de la mode médiatique.