Arfuyen sur Twitter
  • Littérature
  • Spiritualité
  • Sciences humaines

Pâque de l’univers

 Poésie ? Essai ? C’est un petit grand livre que celui de Jean Bastaire, Pâque de l’univers. Un sobre cahier de méditations, au soir d’une vie consacrée à la signification de l’existence terrestre au regard de l’éternité.
 Une méditation théologique, au-delà de toute argumentation, que sa claire écriture transforme en une sorte de poème de la transfiguration du terrestre dans le monde nouveau que Dieu crée et qui ne serait pas humain si ce que Bernanos appelait « notre humble hoirie » n’y avait sa part. Le sentiment de l’éternité dans l’instant ne nous ment pas : il annonce l’immortalité de celui-ci. L’éternité héritera de ces fruits du temps qui la nourrit. Sur le fondement de l’incarnation du Ciel sur la terre, la terre naîtra au Ciel, ce monde naîtra dans l’autre à sa vraie figure.
 La résurrection sera un visage dont la Transfiguration est l’avant-goût. Elle n’oubliera aucune part de ce monde : « La plus humble créature recevra même hommage, car toutes sont également chéries par l’éternité. » Ainsi notre gratitude envers la terre qui meurt et disparaît et les visages qui s’effacent peut-elle être sans regret ni nostalgie : espérance seulement. « Tout existe pour que tout vive dans le silence d’un hosanna au-delà de toute musique audible, et nous ne nous sommes pas trompés en croyant entendre ici-bas leur poignante requête et leur muette louange. » Tout cela a un sens. Seuls le mal et la mort n’entrent pas dans ce Ciel.
 J’en suis p. 32 de ma lecture. Je laisse aux lecteurs de découvrir la seconde moitié qui poursuit l’approfondissement, en particulier dans un sens christologique. La postface en prose n’est pas critiquable, pas non plus indispensable. En somme, il n’y a pas de meilleur commentaire de Rm 8, 19-22 que ce livre, si l’on donne à pasa e ktisis le sens de l’univers matériel dans son ensemble, non seulement les créatures humaines mais aussi « toutes les créatures graciées […], ciels, bêtes et arbres » qui ont su nous introduire à un pressentiment du royaume.