• Littérature
  • Spiritualité
  • Sciences humaines

Biographie Bibliographie Liens Revue de Presse Petite Anthologie

NIFFARI

(965)

 Muhammad ibn Abd-al-Jabbar al-Hasan al-Niffari serait mort en l’an 354 de l’Hégire (965 après J.-C.), soit une quarantaine d’années après Husayn ibn Mansur Hallaj, le martyr du soufisme.
 Son surnom lui serait venu du nom du village de Al-Niffar, dans la région de Kufa en Irak.
 Il a laissé deux ouvrages : Al-Mawaqif (Les stations) et AI-Muhatabat (Les adresses).
 Hormis ces maigres données biographiques et ces deux livres, on ne connaît à peu près rien de Niffari, comme si cet homme, conscient d’avoir à redouter un sort semblable à celui de Hallaj, avait préféré vivre caché et inconnu de son époque.
 Pendant plus d’un siècle et demi après sa mort, Niffari semble avoir été complètement ignoré.
Ce n’est qu’au sixième siècle de l’Hégire que l’on trouve son nom ainsi que des passages de ses livres cités par le grand savant et mystique Ibn-Arabi.
 Au septième siècle, Afif al-Din Tilmisani commente les Mawaqif dans un ouvrage intitulé Sharh al-Mawaqif (Interprétation des Mawaqif).
 Al-Sharani, historien et théologien du dixième siècle, déclare ne connaître le nom de Niffari que par hasard.

OUVRAGES PUBLIÉS AUX ÉDITIONS ARFUYEN

Stations

PETITE ANTHOLOGIE

Stations
traduit par Mohammed Oudaimah
(extraits)

 Station de la doctrine et du retournement de soi

 

 Il m’arrêta et me dit : Tu n’es ni proche ni lointain, ni absent ni présent, ni vivant ni mort. Ecoute ma volonté : Si je te nomme, ne te nomme pas. Si je te pare, ne te pare pas. Ne te souviens pas de moi, si tu te souviens de moi je te ferai oublier mon souvenir. Il me dévoila le visage de toutes choses, et je les vis s’attachant à son visage. Et je vis le dos de toutes choses s’attachant à son commandement et son interdiction.
 Il me dit : Regarde mon visage. Et je regardai. Il dit : Il n’y a rien d’autre que moi. Et je dis : Il n’y a rien d’autre que toi.
 Il me dit : Regarde ton visage. Et je regardai. Il dit : Il n’y a rien d’autre que toi. Et je dis : il n’y a rien d’autre que moi. Il dit : Sors d’ici, tu est le docte. Je sortis m’enfoncer dans la doctrine, et je parvins au point du retournement. Usant de la doctrine, je me retournai et vins à lui. Il me dit : Je ne regarde pas ce qui est composé.

 Station Voici que tu pars

 Il m’arrêta entre ses mains et me dit : vois-tu un autre que moi ? Non, répondis-je. Il dit : Regarde-moi. Je le regardai, abaissant et élevant les plateaux de la balance et, seul, régissant toutes choses.
 Il me dit : Tu ne me vois qu’entre mes main. Voici que tu pars voir un autre que moi, et tu ne me vois pas. Si tu vois cet autre, ne le repousse pas. Garde ma volonté. Si tu la perds, tu seras infidèle. Si cet autre te dit Moi, crois-le car je l’ai cru. S’il te dit Lui, récuse-le car je l’ai récusé.

 Station d’une mer

 Il m’arrêta dans une mer, sans la nommer, et me dit : Je ne la nomme pas. Car tu es mien et non pas sien. Si je te fais connaître un autre que moi, tu es le plus ignorant des ignorants. L’existence tout entière est un autre que moi. Ce qui appelle à moi et non pas à soi, cela est mien. Si tu y réponds, je te châtierai et n’accepterai pas ce que tu apportes. Je ne puis me passer de toi, mon besoin est tout entier de toi. Demande-moi le pain et la chemise, et je me réjouirai. Assieds-toi auprès de moi, et je serai tes délices et nul que moi ne te délectera. Regarde-moi, je ne regarde rien que toi. Si tu m’apportes tout cela et si je te disque tout cela est juste, alors tu n’es pas mien, et je ne suis pas tien.