Arfuyen sur Twitter
  • Littérature
  • Spiritualité
  • Sciences humaines

Nathan Katz

 Lorsque, en 1972, fut rendu à Nathan Katz un hommage solennel à l’occasion de son quatre-vingtième anniversaire, il eut ces simples mots : « J’ai tenté de faire œuvre d’homme. Au-dessus des frontières et des clans. Par-delà le fleuve Rhin. J’ai chanté les paysages, l’eau, les jours et la femme. En paix et en joie. C’est tout. » 

Aucune affectation littéraire dans ses poèmes, aucun pathos métaphysique. Rien que cette paix, cette joie. Les thèmes de Katz sont ceux de toute grande poésie, qu’elle soit chinoise, persane ou grecque : l’amour et la séparation, la nature et la mort. À travers eux pourtant c’est toujours du mystère qu’il nous parle : le « souffle secret » qui anime toutes choses, le « miracle » qui sans cesse, à notre insu, s’y accomplit.

Le Dieu de Nathan Katz n’a pas de nom ni de visage : il se trouve dans cette « brise » où le découvrait le prophète, dans le grain de sénevé que décrit la parabole : « Entends-tu, par instant, / cette voix dans le silence qui t’entoure ? // Sens-tu, la sève comme elle monte dans l’herbe ?/ Vois-tu, ces milliers d’yeux parmi les feuilles ?/ Ces milliers d’yeux qui partout te cherchent, / te regardent, tout au fond de ton cœur, / brûlent, tout au fond de ton âme ? / Vois-tu cela ? // Nos cœurs sont la pulsation de l’univers, / la pulsation de Dieu. » 

Dans cette vie d’incessants voyages qui est la sienne, Katz emporte toujours trois livres : le Faust de Goethe, les discours du Bouddha et la Vie de Jésus de Renan. Fils d’un boucher kasher, élevé par les siens dans la religion de ses pères et par l’école concordataire dans le catéchisme catholique, Katz nourrit son œuvre de cette double appartenance comme d’une double liberté. Homme du déchirement et épris de paix, souffrant de la violence et pétri de douceur, témoin de l’universel et amoureux de sa terre, tel est Nathan Katz.

Par un choix délibéré et d’une magnifique hauteur, il a pris le risque d’écrire dans un dialecte connu des seuls habitants de son pays natal. Vingt ans après sa mort, voici que ressurgissent, intacts, ses poèmes de cette langue littéraire, l’alémanique, dont il fut l’inventeur. Enfants et vieillards, croyants et agnostiques, ils nous parlent à tous de ce qui seul importe : le sens de notre destin d’homme.