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Naissance de l’invisible

Comment aborder cette longue réflexion philosophique d’un poète qui au fil des ans, livre par petites touches, non ce qu’il est, mais ce qu’il devient. Deux voix se questionnent et se répondent. Laquelle est celle du poète, laquelle celle de l’écho. Se confondent la voix et la voix off, la voix et l’autre. les deux nous saisissent, nous prennent à bras le corps, jusqu’à nous faire entendre qu’elles sont unes et seules, uniques et multiples. Disent-elles le passage de l’une à l’autre, ou sont-elles des chemins qui ne mènent qu’au réel ?

Quelque chose a eu lieu au plus proche du poète. Comme un dévoilement, un surgissement, une relecture de ce qui, sans doute faisait problème. « Quel est cela qui de dedans consume ton existence ? » Réponse-question à une question précédente : « Quelle beauté y aurait-il sans la souffrance ? »
 

Au fil des pages, des mots non innocents forgent un retour au réel. Ou nous en protègent ? Ferraillement, étirement, arrachement, repliement, aliénation... Réel et fiction. Le réel, au fond de l’être, son secret. La fiction, outil de passage vers une restauration ou restructuration de notre être profond, spirituel, caché, absent ? La fiction, comme l’absence : la « folie de l’être »

La trajectoire de ce livre nous conduit de la culpabilité vers l’éveil, via l’exil : « renverser l’idole ». « Déboulonner la peur », en finir avec l’enfance. Même si le poète écrit le contraire, le « dos au mur ». 

Qui le délivrera du poids de la peur, de celui du vide, du néant ? À quoi répond la voix off, la voix de l’être désirant : « Si nous demeurons dans le néant, sans réserve ni regret, acceptant notre vide, notre misère, notre insignifiance, le secret se révèle à nous. »

Si le dialogue s’établit entre les deux voix du poète, il s’inscrit sûrement, en s’y fondant, dans le catalogue fabuleux des Éditions Arfuyen. Gérard Pfister reste proche des poètes publiés, de ceux traduits : de Margherita Guidacci à Jacob Böhme, de Silesius à Jessica Powers. Voix spirituelles, prenantes et prégnantes, voix tranchantes et, bien sûr, séductrices, se jouant dans le visible en vue d’accéder au seul invisible. Reste à connaître le sens du visible, de l’invisible. du réel, de la fiction, de la réalité : « Que le réel, dans les mots, ne soit à jamais oublié. Que le réel ait dans les mots sa demeure de silence. Et qu’ainsi dans les mots soit préservée la possibilité de la parole. »