Arfuyen sur Twitter
  • Littérature
  • Spiritualité
  • Sciences humaines

Monologue depuis le refuge

 « Dès l’aube, il faut une raison de vivre. Oh ! Comme une petite bête toute chaude et amicale. » D’emblée, le troisième recueil de Didier Ayres, homme de théâtre établi dans le Limousin, brûle de cette exigence-là, si chaude au toucher – manifestement, elle réchauffe les salles. L’écriture court comme pour rattraper le soleil – tout en poursuivant en sa lumineuse brièveté « ce carnet dans sa lenteur », ce « feuilletage de la pensée » donné en lisibilité immédiate... Outre son ardente obligation de vérité, le poète s’inflige l’ascèse d’une « lancinante obligation à l’ombre ».
 « II faut connaître la gravité du premier instant. » La vérité de l’instant ne soutient-elle pas l’univers ?
 Si demain n’est que l’espoir de meilleurs lendemains, poursuivre un cahier (sous quelle dictée ?) vers la « satisfaction d’accomplir », serait-ce avancer vers la lumière au bout du chemin ? « Ce qui fait littérature en moi, se situe à un degré reculé de la langue. Littérature comme point de fuite et soulèvement vers. » La littérature comme une calme montée vers un ciel ou un abîme intérieur – mais qu’est-ce qu’écrire, au fond ? « Écrire est un résultat, une puissance à saisir, à comprimer. »
 Voilà qui effectivement « requiert l’ampleur d’un livre » – son miracle même qui desserre l’étau de l’absurde à l’œuvre dans un monde dont les hommes s’obstinent à s’exclure les uns les autres. Le poète ne le sait que trop : cette ampleur-là se peuple de phrases qui décident de lui...
 Le cahier de Didier Ayres allume un feu durable qui donne à notre théâtre d’ombres empressées son plus bel éclat d’âme – entre immensité comptée et promesse d’effacement transmutée en éblouissement.