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Monologue depuis le refuge

 Je ne sais rien de la thèse que Didier Ayres a consacrée à Bernard-Marie Koltès, mais qu’elle soit, ne peut que me faire songer au début fameux de Dans la solitude des champs de coton. Et ce questionnement ne me semble pas étranger au livre qui vient de paraître chez Arfuyen : Monologue depuis le refuge, dans lequel la transaction s’établit de soi à soi par l’écriture. (...)
 C’est par un commentaire de son éditeur, Gérard Pfister, un propos amical de Jean-Yves Masson, qu’il m’a été donné de connaître les premiers livres de Didier Ayres. Celui qui vient de paraître tient les promesses des précédents. Il est en fait composé de deux livres, le premier pouvant apparaître au premier abord comme un ensemble de notes, aphorismes (le mot joli d’apophtegmes lié aux « pères du désert » pourrait convenir), croquis, pensées pour soi-même, le second avec ses moments de prose liée pouvant apparaître comme sa reprise réflexive, le nouage des sensations, perceptions, en directions de vie sous la dictée du poème. Le poème étant pris ici comme une entité générique et pour ainsi dire comme formule de vie, une poétique comme forme d’existence, les traits hölderliniens ne sont pas loin, philosophiquement, quelque chose comme du Mitdasein, l’être-avec dans son exposition, tel que le poète en recevrait la dictée.
 Monologue depuis le refuge exige une lecture lente, parfois très lente, avec reprises, arrêts, et aussi fulgurations nées de l’apposition de deux groupes nominaux, unis et séparés par le signe deux points, sans que cela soit jamais du procédé, Didier Ayres ne se prend certainement pas pour un maître zen décochant ses satoris, c’est lui même qu’il interroge : « Ai-je la force de quitter ? C’est à dire, au propre, répondre. » C’est ainsi qu’il plie, se pliant lui même, avec une douceur inexorable le lecteur à la lecture, lui redonnant le prix de la lecture.
 De l’écriture, comme ascèse. Soit ces quelques mots venus de la confiance : « Je ne sais rien, et toi, tu sais déjà plus que moi. Tu as de l’avance en toi sur moi-même. Je suis déjà constitué et reconstitué en toi, par cette part qui m’est, à moi, intransmissible, mais que toi, tu sais transmettre, parole de l’écho qui vaque aux airs légers de ce printemps. La clarté est donc tienne. Bien sûr, je te suis plus clair à l’avancement de ce cahier. Mais, qu’importe, nous sommes ».
 Voilà donc un livre consubstantiel à son auteur, à la mesure de l’exergue repris des Essais pour le Monologue, et pour lequel « La mort est une hyperbate », ce que souligne la référence à Artaud (L’Art et la mort) en ouverture de la seconde partie.
 Jean Maison a eu le redoutable privilège du premier lecteur. Il vaut de citer ces quelques lignes de sa postface : « Monologue depuis le refuge m’a fait vivre la chance du premier lecteur.
Depuis Lafage-sur-Sombre, Didier Ayres est venu avec ses cahiers à l’écriture serrée. Auprès d’un feu, j’ai déchiffré les manuscrits, retrouvant d’emblée cette hésitation intelligente, cette sincérité sans complaisance ni intimidation de l’âme. Ce poème vital délivre une parole contenue avec douceur, ouvre la cage aux fauves, pour les rendre à leurs forêts primitives. L’heure donnée est celle de l’élévation qui traverse les chagrins les plus installés. Certains secrets n’ont pas à être révélés, ils sont comme des rêves qui ne demandent pas la parole. »
 Ici une réminiscence, vitale : « Mais quelle est donc cette douceur, cette terrible douceur ? »