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Menus propos (2)

 (suite) La question de fond posée par les Menus propos est la question de l’éthique. La juste éthique doit associer aux vertus surnaturelles les vertus naturelles. « Le bien est plus fort que le mal. » (P. 109) Cette conviction engage au combat contre toute sophistique, tout nihilisme. Comme Pascal, tout aussi soucieux de l’essentiel, le cardinal Saliège résume la morale à l’acte d’aimer. Il faut « montrer que la morale chrétienne se ramène à l’exercice de la vertu théologale de charité » (P. 143). Nul ne se sauve s’il ne cherche à sauver les autres. « Dieu est l’Amour. » (P. 134) Du Dieu d’amour naît le commandement d’aimer, le divin, l’humain. « Tout l’essentiel de la Révélation est là, et aussi tout l’essentiel de la religion catholique. » (P. 134) L’homme ne peut avoir le sens du prochain et de l’infini que s’il aime. C’est du sein même de cette éthique de l’amour, dans la fidélité à la Parole, que naîtra le témoignage de résistance du cardinal Saliège12. L’harmonie du témoignage du livre, de la parole et de la vie se nourrit de la volonté d’aimer.

 Ecclésiastique, attaché viscéralement à l’Eglise qui « bénit le Chartreux qui se tait et le Dominicain qui parle » (p. 144), qualifiant le baptême comme « notre grand titre de noblesse » (p. 89), sauvegardant la liberté de la religion par rapport à la politique, l’Etat (p. 128), l’auteur des Menus propos rappelle l’indispensable conversion de sa propre existence. « Tout est vain si nous ne commençons pas par la conversion de nous-mêmes. » (P. 90)
 II ne s’agit pas tant de raisonner que de vivre en homme libre, d’enseigner en mêlant avec art le silence et la parole. L’expérience est la source du savoir. « La connaissance par le dedans » (p. 50), la connaissance existentielle et spirituelle, apparaît comme la vraie connaissance. Il faut avoir le goût, humblement, de toujours apprendre, en n’oubliant pas que la chaire de la vie est plus éloquente, persuasive que la chaire de la raison. La sagesse des Menus propos prend sa source dans une approche concrète de l’existence à la lumière de la Révélation. « La sagesse de Dieu n’est pas la sagesse de Minerve » (P. 44). Une vraie sagesse trouve son élan dans « le battement des ailes » de la prière. « La prière est puissante » (P. 58). La prière n’est pas fuite mais action, élévation. Tout en nous doit devenir prière. « Moins de temps à l’activité extérieure, plus de temps à la prière. Que l’activité extérieure elle-même devienne une prière. » (P. 65) Prier et agir, agir et prier sont indissociables. L’homme d’action juste est un homme qui vit de prières. « Plus que de canons, nous avons besoin de saints » (P. 63). II faut aimer écouter le silence, cultiver la vie intérieure. Familier de Thérèse d’Avila et de Jean de la Croix, le cardinal Saliège puise dans le mysticisme une force, une ardeur capables de s’opposer au matérialisme, au totalitarisme, et de rendre le monde plus humain. « II y a la résistance mystique » (P. 128).
 Le résistant mystique a été un homme de volonté, un homme qui a découvert dans la croix le chemin vers l’aurore. « Per crucem ad lucem. [Par la croix vers la lumière} » (P. 82). Les Menus propos, livre de témoignage d’un humaniste chrétien, d’un moraliste spirituel, d’un écrivain passionné d’authenticité, n’ont d’autre but en définitive que d’enraciner la vie de l’homme dans la vérité. « La vérité pour l’homme, c’est ce qui fait de lui un homme » (P. 124).
 Y a-t-il une éthique universelle qui transcenderait les lieux et les temps ? L’existence et l’œuvre du cardinal Saliège inclinent à répondre positivement à cette question. L’éthique universelle s’affranchit des opinions dominantes, des modes, des compromissions, pour servir l’homme, qui a une même et pérenne nature au-delà des différences culturelles, sociales, politiques, religieuses..., dans la lumière de l’infini.