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Alain MAUMEJEAN

(1942)

 Né à Tunis en 1942, Alain Maumejean a interrompu ses étiudes pour vivre dans le Lot puis le Tarn et Garonne d’une existence à la fois précaire et privilégiée.
 Hölderlin et les gnostiques ont été ses compagnons.
 Un premier livre au Seuil en mai 1968 (!), puis le silence. Des extraits des Usages ont paru en 1994 aux Editions Arfuyen dans la collection des Cahiers d’Arfuyen (n° 99).
 Il vit depuis 1979 près d’Uzès, dans le Gard.

 

OUVRAGES PUBLIÉS AUX ÉDITIONS ARFUYEN

Les Usages

L’inachèvement

Apologie du silence

L’ailleurs retenu en soi

Comment dire le silence

Apologie du silence

Apologie du silence

PETITE ANTHOLOGIE

L’inachèvement
(extraits)

 Il n’y aurait donc que cela. L’instant du dernier souffle
 Et, face à cette unique étincelle d’agonie, un territoire d’inexprimable solitude où l’errance de mon écrit contre en de vains suspens l’incompétence et l’abattement de mon penser.
 Alors, d’exorcismes en manifestes, le verbe ne peut que subir dans l’accablement l’attirance que le secret du double veut nous faire pressentir, l’extase du passage où se perd en moi l’énigme de ma différence.
 Il n’y aurait donc, pour vivre, que cette inaptitude devant la déchéance de mon identité.
 Ô mon corps stérile, assidûment sou¬cieux de retarder l’échéance unique de mon penser, ô fabrique de ma vie, insoucieux instrument qui s’oppose à la connaissance de sa fin !

*

 Peut-être parviendrais-je à l’exprimer.
 Dans le silence de la nuit, cette table, ce carnet. Une intégrale solitude entourée du désordre de tous ces objets déposés par les années.
 Cet instant, devant la page, qui efface tout, qui réduit à néant l’his¬toire, qui me métamorphose en celui que je ne cesse d’être et que je ne serai jamais.
 Celui qui, de ma naissance à ma disparition, aura été le même est là, mais sa présence est une fiction si agissante, inexorable, que l’angoisse de me reconnaître le retient au seuil de mes pensées comme s’il s’agissait du fantôme d’un autre qui aurait plus d’existence que moi.

*

 Ce n’est pas que je ne peux écrire. C’est cette chose qui ne se peut dire :
 ce qui est froid depuis ma naissance, me précède et me suit,
 ce qui diffère l’heure et me guette sans répit, tapi en moi, me réalise.
 Machination d’obscur conforme au décret de mon souffle. Inexorable compagnie.
 
*

  Il attend, mais il se demande quand l’attente a commencé. De ne plus rien attendre.
 Il faudrait retrouver là, pour l’écrire, quand l’élan n’a plus rien signifié. Car c’est à cet instant que cela arrive.
 Ce qui ne se peut dire. Et ce qui se met à palpiter en lui, le rend immobile, invulnérable et borné, le confine à l’attente désormais.

*

 Là, désormais, je suis seul et j’écris.
 J’écris pour ce noyau, ce nœud de pierre, cette présence de tout qui ne se peut dire.
 J’écris comme il ne peut pas écrire, se disant perdu dans l’illusion d’un instant neutre et se fixant, impavide, alors qu’il s’aveugle d’une fiction de sa ruine.
 Mais ce délabrement, quel est-il, interdit à mon dire, et que mon corps endurci désigne dans la vigilance de son inutile projet ?
 Cela qui pense en moi ma mort, cela seul qui ne peut à cette heure s’écrire, l’inexorable déchaînement dont je suis écarté, sur ce seuil tari qui malgré tout m’épargne et me rend à personne.