• Littérature
  • Spiritualité
  • Sciences humaines

Biographie Bibliographie Liens Revue de Presse Petite Anthologie

Pierre de MASSOT

(1900 - 1969)

 Sixième enfant du comte de Massot de Lafond, Pierre de Massot est né à Lyon le 10 avril 1900. Ses frères aînés, Henry, Bernard et Régis, mourront tous les trois à la guerre. 
 Pierre de Massot fait ses études secondaires à l’Externat Saint-Joseph, à Lyon. Curieux de littérature et d’art moderne, Massot lit un jour un article consacré à la revue 391. Il se la procure et s’enthousiasme pour le texte reproduit en première page : La bicyclette archevêque, de Francis Picabia. Dès février 1920, il écrit à Picabia son admiration : « Oui, monsieur, si naïve que paraisse ma déclaration, je suis des vôtres, étant un Pèlerin de l’Absolu à Rebours. »
 
Picabia introduit le jeune homme dans le Paris de la littérature d’avant-garde. Bien vite, Massot participe à l’ensemble des activités du groupe Dada. Dès 1921, il met en ordre ses réflexions : De Mallarmé à 391, son premier livre, sera le premier tableau d’ensemble sur les avant-gardes du début du siècle. « Que diriez-vous, demande Breton à Picabia, d’un projet de revue que nous pourrions faire à 6 ou 7 avec Aragon, de Massot, Baron, Vitrac, Rigaut, vous et moi ? » (lettre du 15 février 1922). Massot se lie d’amitié avec André Breton dont il restera proche jusqu’à la fin de sa vie.
 Les difficultés matérielles de Massot toutefois s’aggravent. Picabia lui propose une solution : devenir le précepteur de ses deux filles. Il n’y reste que jusqu’en avril suivant, puistrouve un emploi dans une librairie.
 Lors de la fameuse Soirée du Cœur à Barbe organisée par Tristan Tzara, Massot est pris à partie par Breton, Desnos et Péret. Breton lui assène sur le bras un coup de canne si violent qu’il le fracture net. Massot se réconciliera vite avec son « vieil ennemi Breton », mais la distance qu’il gardera toujours, malgré ses liens étroits avec Crevel, Rigaut et Aragon, à l’égard du mouvement surréaliste ne sera sans doute pas étrangère à ces péripéties.
 Ses amis les plus proches sont Erik Satie (« Il enseignait, par son exemple et sans dogmatisme bien entendu, l’humilité profonde, l’insurrection permanente contre soi-même, l’effort, l’honnêteté – au grand sens du mot – et la pureté surtout »), Max Jacob (« Jamais le problème ne s’est posé pour moi de découvrir si Max Jacob était le mystique visionnaire que d’aucuns prétendent ou le libertin que d’autres certifient. Il n’était à mes yeux que l’incarnation du poète »), Jean Cocteau (« Le poète que beaucoup s’obstinent à tenir pour un esprit brillant – brillant, certes, qui pourrait le nier ? – est précisément celui qui a toujours considéré le grand problème de la vie intérieure sous l’angle de la gravité la plus profonde »). Au fur et à mesure des années s’y ajoutent Gide, Suarès et Montherlant.
 En 1924 reparaît la revue 391. Massot en est le gérant. Les collaborateurs sont Satie, Man Ray, Duchamp, Stravinsky, Rigaut, Marinetti... La même année Massot publie The Wonderful Book - Reflections on Rrose Selavy, fantaisie en hommage à Marcel Duchamp. Sans dessous de soie, publié l’année suivante, s’inscrit parmi les nombreux textes que Massot consacrera au Music Hall.
 En août 1925, Massot signe le manifeste surréaliste La Révolution d’abord et toujours. Il publie plusieurs fois dans la revue La Révolution Surréaliste. Le 8 novembre 1929, Massot apprend le suicide de son ami Jacques Rigaut à l’aide du revolver qu’il venait de lui remettre trois jours auparavant. Il achève dans les mois suivants les poèmes de L’Exécuteur Testamentaire qui paraissent dans Les Chroniques du Roseau d’Or en mars 1930. 
 Massot s’adonne à la drogue comme à l’alcool, et sa santé s’altère rapidement. Il fait par Man Ray la connaissance d’une jeune écossaise, Miss Robertson. Ensemble ils fument, voyagent, se déchirent. En 1928, ils se marient en l’église de la Madeleine. Maritain est le témoin de Massot.
 Vers 1930, Massot se lance dans deux textes autobiographiques : Billy, bull-dog et philosophe, ou Prolégomènes à une éthique sans inétaphysique, paraît en 1930 ; Mon corps, ce doux démon, écrit en 1932, sera publié en 1959.
 A l’approche de la guerre, Massot est de plus en plus actif au sein du Parti Communiste, collaborant à de nombreux journaux et revues. Membre des FTP, il siège à la Libération au Comité National des Ecrivains et signe tous les grands manifestes antifascistes de l’époque. 
 Mais quand surviennent les événements de Hongrie en 1956, Massot quitte immédiatement le P.C.F. et le Comité National des Ecrivains : « Qu’une poignée d’intellectuels s’attache désespérement à ses prébendes et à ses honneurs, je n’y peux certes rien, mais je me refuse à partager leur triste sort. » Jusqu’à sa mort, il consacre toutes ses forces à des groupes d’extrême gauche. Il signe au plus fort de la guerre de la crise algérienne le Manifeste des 121. Avec les événements de mai 1968, c’est la vieille utopie anarchiste de sa jeunesse qu’il voit enfin resurgir. 
 Sa vie matérielle est toujours aussi précaire. De 1947 à 1958, il est rédacteur dans une grande firme cinématographique. II donne des articles aux Nouvelles Littéraires. Gide, Cocteau, Duchamp, Maritain lui donnent de l’argent. Grâce au soutien de ses amis, il publie plusieurs plaquettes de poèmes, notamment, en 1961, Le Mystère des Maux.
 Depuis la mort de Robbie en 1951, sa santé n’a cessé de se dégrader. En 1961, il a passé de longs mois au sanatorium d’Assy. En 1966, après la mort d’André Breton, une grave dépression l’amène à une hospitalisation de plusieurs mois.
 Avec sa compagne Micheline Kunosi, il habite un très modeste meublé rue Dauphine. Massot meurt le 3 janvier 1969. Les Nouvelles Littéraires lui rendent hommage : « On souhaite qu’un éditeur rassemble les oeuvres de Massot, gaspillées en plaquettes trop rares. Alors apparaîtra le visage attachant et désespéré d’un homme pour qui la poésie ne fut jamais un moyen d’existence mais la plus exigeante des passions. »

OUVRAGES PUBLIÉS AUX ÉDITIONS ARFUYEN

Le Déserteur

PETITE ANTHOLOGIE

Le Déserteur
Oeuvre poétique 1923-1969
(extraits)

Visitation

Ô bien-aimée d’un autre monde
c’est en cette chambre royale lambrissée de pourpre et d’or
que chaque soir
lorsqu’est tombée la nuit je T’attends
je n’entends pas ce pas si léger
ce pas de plume bleue et de perce-neige
venu de si loin de très loin du plus loin
tout de suite je Te broie entre mes bras
pourtant je ne sens pas la forme de ce corps
dont je connaissais les plus tendres faiblesses
je Te couvre de baisers sans atteindre Tes lèvres
Tes paupières ne battent pas contre mes yeux ouverts
je cherche en vain la dentelle de Tes doigts
vainement Ton souffle de soie
émeraudes qui me fixiez dans l’ombre
quand je dormais et que Tu m’imaginais mort à Ton côté
et Tes boucles blondes où se noyait ma bouche
et qui gonflaient dans le soleil et dans le vent
comme un raisin de Palestine

Hélas on doit se séparer hélas
il Te faut replonger dans ce fleuve visqueux et noir
(...)

*

Le Déserteur
 Pour Robbie

Non non la vie ne vaut à aucun prix la peine
d’être vécue et je sais bien qu’un prochain jour
je m’en déferai comme d’une veste à la couleur
et à la coupe de laquelle on ne peut s’habituer
pour la première fois vraiment heureux sans doute
mais néanmoins avec la neige
d’une mélancolie infinie amassée dans mon cœur
lourdement amassée dans les replis de mon coeur
comment pourrais-je donc regretter quelque chose
moi qui ne me suis jamais attaché à rien
sinon à cette étoile immense inaccessible et toujours plus lointaine
qu’est l’amour
sinon à cette flamme dévoratrice et sibilante
qu’est l’amour
sinon sur le désert brûlant des corps à ce soleil implacable
qu’est l’amour
sinon â ce grand rêve où sombrent tous les rêves
qu’est l’amour
sinon à cette mort chaque fois plus mortelle
qu’est l’amour
(...)