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Maria Ângela Alvim

 Voici une voix poétique tout à fait neuve, qu’il nous est donné d’entendre grâce à la traduction et au choix de Magali et Max de Carvalho, celle de Maria Ângela Alvim. Cette ravissante jeune femme brésilienne, née en 1926, pense entrer en religion puis rencontre le père Lebret et s’engage dans un travail d’assistante sociale.
 Que reste-t-il de sa foi lorsqu’elle publie en 1950 son premier recueil Superficie (Surface) ? Il s’agit d’un ensemble de très courts poèmes en vers libres, tout à tait étonnants, dans lesquels s’expriment peut-être encore, au milieu de beaucoup de tristesse, quelques lueurs d’espérance qui sembleront disparaître des écrits ultérieurs : « La douceur du matin a ébranlé les pierres, / Brillent les chemins des hommes. / Nul ne s’est perdu ».
 
La prosodie change avec Barca do tempo (Barque du temps), recueil posthume composé entre 1950 et 1955 et dont nous trouvons aussi des extraits dans le présent volume. Il s’agit de sonnets, rimés mais de mètres divers, d’une lecture plus difficile. Étrangeté de la réalité passagère, trompeuse, dont le sens échappe, qui nous laisse devant un mystère qui est effroi, « espérance terrible ». La création poétique semble avoir atteint ici sa maturité.
 On retrouve à la fois la rime, et des formes plus diverses dans les Outros poemes (Autres poèmes) de la même époque, d’une égale valeur, dont la préoccupation centrale – croirais-je – est celle de la poésie elle-même, sans exclure de fugaces allusions amoureuses ou des images de l’absence, de la nuit, de l’adieu, de la mort, qui deviennent insistantes.
 Enfin, datant des quatre années de maladie qui s’achèveront en 1959 par son suicide, les Poemas de Agosto (Poèmes d’août) qui sont donnés intégralement. Ce sont des poèmes inachevés, incontestablement imparfaits, mais bouleversants et contenant d’admirables éclats de poésie, surtout les trois derniers : « Habiterais-je en moi ? Dans mon destin / en mille éclats laissé ? / Habiterais-Je ici ? Demeurerais-je toujours / ici, sans me connaître – serais-je toujours / En train de fuir ? » ; « Non, ,je ne me souviendrai / ce serait concevoir des commencements ; et d’autres fins – ô souvenirs / lunaires, pas douloureux (...). / Les laisser. Me laisser pendant / qu’existe un commencement occulte. / Je croirais avoir dévécu / dans une limite –lucidité /là et, néanmoins, ici ». Et enfin :
 Parole, si je vous destine
 quels passages s’ouvriraient
 à ces confins qui m’entourent, 
 de sommeil, d’anéantissement, auxquels je fus vouée
(...)