Arfuyen sur Twitter
  • Littérature
  • Spiritualité
  • Sciences humaines

Marcel Weinum et la Main Noire

 Qui racontera l’épopée de la Main Noire, qui chantera la gloire du sacrifice de Marcel Weinum et ses compagnons, qui enfin rendra les honneurs auxquels ont droit plus que quiconque ces fils de France ? Des Alsaciens au cours de la dernière guerre, on retient plus souvent la tragédie des malgré-nous, incorporés sur le Front de l’Est ou, pire, versés dans la division Das Reich. Et on oublie les actes de résistance qui, communs à toute la France, se firent pourtant plus héroïques dans cette provinceassujettie directement à un Gauleiter.
 Et encore, parmi ces actes, on avait particulièrement passé sous silence ceux de l’organisation clandestine La Main Noire. Extraordinaire équipée chevaleresque de jeunes gens de 16 ans qui, sous l’impulsion de leur chef Marcel Weinum, fils de boucher, ancien grand clerc de la Maîtrise de Strasbourg, inquiéta deux ans durant l’appareil nazi de Strasbourg. Sans l’aide d’aucun adulte aguerri, Weinum en qui les Allemands reconnurent à son procès une intelligence supérieure « qui eût été bien utile au Reich » organisa sa trentaine de partisans en cellules indépendantes, se fournissant en explosifs dans les forts de la ligne Maginot abandonnée : bris de vitrines, diffusion de tracts, attaques à la grenade à main de voitures de dignitaires du régime, ces adolescents venus d’un Signe de piste furent raflés en 41, déportés en camps de travail et jugés. Leurs chefs, dont Weinum qui venait d’avoir 18 ans, décapités. Les autres transférés sur le Front de l’Est.
 On se souviendra de Ceslav Sieradzki, fils d’immigrés polonais, lynché puis abattu au bord d’un chemin qui riait en criant « Vive la France ! ». De la dernière lettre de Weinum à ses parents : « Nous avons tous beaucoup prié pour la rédemption sur la terre, Dieu m’a donné la rédemption éternelle. Que sa volonté soit faite, et non la nôtre. À la gloire de Dieu et pour le salut de notre âme. Vous m’avez élevé pour lui apporter ce sacrifice. Supportez-le sans deuil. Au revoir au Ciel. Vive Dieu le Roi. »