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Marcel Weinum et la Main noire

 Marcel Weinum est né le 5 février 1924, à Brumath. En septembre 1940, alors qu’il n’a que seize ans, il fonde avec d’autres camarades du même âge un réseau de résistance. En 1941, Marcel Weinum décide de se rendre au consulat britannique de Bâle en compagnie de son ami Ceslav Sieradzki. Ils sont arrêtés, emprisonnés à Mulhouse. Le réseau est défait. Marcel Weinum est condamné à mort par le Tribunal Spécial de Strasbourg en 1942 ; il est exécuté le 14 avril 1942 à Stuttgart. Il avait dix-huit ans. Son corps repose désormais au cimetière du Polygone à Strasbourg.
 Ce livre, c’est son histoire. Celle de son réseau, La Main noire. Celle de toute une résistance alsacienne, trop souvent oubliée, qui fut déchirée par une région prise entre deux feux, annexée dès 1940 à un pays dans lequel tous ne se reconnaissaient pas. Alsace partagée par les conflits européens, Alsace aujourd’hui berceau de l’Europe. Symbole de paix, de liberté, qui ne doit pas faire oublier le sang que ses enfants ont versé pour elle.
 Avant de recevoir ce livre, je ne connaissais pas Marcel Weinum et très peu du courant résistant alsacien. Je ne savais rien de ce groupe d’adolescents âgés de 14 à 16 ans qui prirent comme nom de résistance La Main noire.
 J’en sais désormais un peu plus et j’ai refermé l’ouvrage dans un soupir d’émotion, face à la force de ces gamins devenus hommes si tôt, face à ce courage que je n’aurais sans doute pas eu si j’avais été à leur place.
 Tout cela me laisse admirative mais aussi amère et triste, profondément. Amère face à la barbarie de ce conflit, son absurdité, face à tant de vies et d’enthousiasmes gâchés.
En lisant les lettres que Marcel Weinum réussit à envoyer à ses parents depuis sa sordide prison, je suis frappée par sa lucidité, sa maturité et cet apaisement qui est le sien, alors qu’il sait qu’il va mourir. Le Père Domogalla, aumônier de la prison de Stuttgart au moment de l’exécution de Marcel Weinum, écrira aux parents qu’il a été frappé par le calme de leur enfant jusqu’à sa dernière minute, par son acceptation du destin qui l’attendait.
 Sans oublier ce formidable don de soi et d’amour dans sa dernière missive à ses parents, quelques heures avant d’être décapité. Il pense avant tout à eux, dit qu’il part heureux du sentiment d’un devoir nécessaire pour le bien de sa patrie et des siens.
 Des témoignages des compagnons de Marcel Weinum, l’histoire du réseau, son démantèlement, le procès, le rôle de la résistance alsacienne, ses nombreuses difficultés... autant d’éléments racontés dans ce livre avec beaucoup d’humanité et de simplicité. La langue est fluide, élégante, ce n’est pas un livre d’histoire rébarbatif mais le récit humain de quelques années de courage et de lutte.
 Magnifique collection que ces Carnets spirituels dirigés par Gérard Pfister chez Arfuyen.