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Lumières d’un capucin

 Dans la lignée des Carnets spirituels, La Règle de perfection de Benoît de Canfield (1562 - 1610) propose pour la première fois une édition « grand public » du chef-d’œuvre de cet Anglais converti au catholicisme. Néanmoins – Dominique et Murielle Tronc nous mettent en garde dans leur avant-propos – le présent ouvrage nécessite « une lecture lente » et il s’agit d’accepter « de ne pas tout comprendre ».
 
Il est remarquable que ce sujet de Sa Majesté britannique ait écrit les quinze chapitres de sa Règle dans un français très érudit. Le capucin accepte tardivement de faire publier son traité de spiritualité ; jusque-là, seules les personnes sous sa direction spirituelle avaient le droit d’en lire des extraits. Sa réputation est si grande qu’il devient « expert » en vies intérieures des mystiques de son temps.
 Après une vie dissolue, le capucin né Benoît Fitch s’exile en France où sa théologie fait fureur. Rien dans ces écrits ne laisse deviner une existence mouvementée au service de Dieu. Ici il est question d’appréhender Dieu l’Infini avec une âme humaine assez tristement bornée. Il s’agit donc de faire la chasse aux imperfections par le truchement de la « connaissance d’en haut » où les « subtiles ténèbres sont découvertes par la vraie lumière ». Le lecteur est invité à la « dénudation d’esprit » pour parvenir à une « continuelle présence et habitude d’union entre Dieu et l’âme ». Ces exercices spirituels – qui auraient fait scandale à leur époque – présentent l’art de penser Dieu par l’un des précurseurs du renouveau spirituel catholique ; ce dernier agite l’Europe après le Concile de Trente instauré pour réaffirmer le dogme de l’Église romaine déstabilisée par le protestantisme.