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Jean de la Peyrie, dit
Ambroise de LOMBEZ

(1708-1778)

Jean de La Peyrie est né en 1708 à Lombez, ancienne ville épiscopale du Languedoc. Issu d’une famille noble d’Armagnac, il entre en 1724 chez les capucins de la province de Guyenne et sous le nom d’Ambroise et est ordonné prêtre en 1733.

Successivement aux couvents de Saint-Sever, de Médoux, puis d’Auch, il est appelé par le général de l’Ordre à régler les difficultés du couvent royal des capucines de la place Vendôme à Paris. Ses qualités de directeur spirituel lui acquièrent une telle réputation que les plus hauts personnages de la cour font appel à lui, parmi lesquels la reine Marie Leczinska elle-même dont il devient le confesseur et à qui il dédie son Traité de la Paix intérieure (1756).

Il est rappelé en Guyenne comme définiteur provincial et gardien du couvent d’Agen. Il participe activement au chapitre national des capucins de 1771. Il consacre ses dernières années au couvent d’Auch, dont il reste supérieur jusqu’en 1777.

Fatigué et malade, il va prendre l’année suivante les eaux à Luz-Saint-Sauveur où il s’installe dans un ermitage au XIIe siècle construit sur une colline proche du bourg. C’est là qu’il meurt en 1778. L’ermitage a été restauré par Napoléon III qui y a fait élever une stèle en souvenir du moine Ambroise et des morts de la bataille de Solférino.

OUVRAGES PUBLIÉS AUX ÉDITIONS ARFUYEN


Traité de la joie

REVUE DE PRESSE

"Traité de la joie", lu par Brigitte Bouillon
Collectanea Cisterciensia , par Brigitte Bouillon

Jean Bastaire ne s’y est pas trompé lorsqu’il a redécouvert ce texte d’un capucin du XVIIIe siècle. Il ne s’agit pas là d’une exhortation banale à la joie, mais bien d’un texte mystique en ses implications concrètes, ouvrant à chacun la perspective d’une vie vraiment spirituelle, c’est-à-dire vraiment humaine. La belle préface qu’il lui a consacrée avant de mourir le souligne : « Sa mystique est simple : Dieu est joie, réjouissons-nous dans le Seigneur. De part et d’autre de Jésus, c’est ce que répètent à l’envi les Psaumes et saint Paul. » On ne peut que remercier les éditions Arfuyen d’avoir assuré la publication du volume qu’il avait préparée.

De fait, le texte est saisissant, émouvant. On se sent rejoint aux zones secrètes par l’A. Il adresse l’offre tel un cadeau à un ami : « Je l’ai fait peu volumineux parce que je souhaite que vous le portiez sur vous, afin d’avoir toujours dans vos mains un antidote contre la tristesse qui est le poison mortel à nos âmes » (p. 13). Il a fait une expérience et nous la partage : « Dieu veut être servi avec joie ; le prochain veut aussi qu’elle accompagne les bons offices que vous lui rendez. Vous ne le voulez pas moins car vous voulez trouver votre plaisir en tout » (p. 81). Belle synthèse de la vie humaine en ses diverses composantes. Donc d’une vie qui glorifie Dieu. […]

Si l’A. rejoint chacun, c’est qu’il n’use ni de réflexion arbitraire, ni de propos stéréotypés qui ne parlent plus : il nous convoque à une forme de vie, témoignant à l’évidence de ce qui fut son propre combat. Il connaît « ce que nous appelons malheurs mais qui ne sont tels que lorsqu’ils nous font perdre la joie » (p. 19). Il sait « la peine du travail », la tristesse lorsque « tout dégoûte et défile », les tentations, les épreuves « auxquelles pourtant on a dû se préparer », la maladie… : il a tout « goûté ». Il sait aussi que, malgré tout cela, Dieu nous veut joyeux.

Car joie ne signifie pas contentement facile. Et c’est bien là qu’Ambroise de Lombez semble s’adresser à notre temps. « D’où vient cette tristesse qui vous dévore ou continuellement ou par accès, comme la fièvre, et qui vous fait périr à la suite du monde que vous adorez ? Vous voulez lui plaire, et vous ne pouvez réussir ; ou si vous réussissez quelquefois vous éprouvez d’accablants retours » (p. 99). Il ne cesse de nous décrire ce que nous ne connaissons que trop. La mélancolie « fait d’un maître un tyran, d’un homme un misanthrope » (p. 36). Elle rend insensible à la louange de l’univers, indifférent à Dieu. « Vous défigurez l’image divine par la tristesse » (p. 33). « Ô stupidité de l’homme qui vit en Dieu et qui ne le connaît pas, qui est comblé des bienfaits de Dieu et qui ne s’en réjouit pas, et ne l’en remercie pas ! » (p. 39).

Ces descriptions nous rejoignent, ces états sont aussi les nôtres. La question devient donc : comment se débarrasser de cette tristesse « qui nous rend désagréables à Dieu et aux hommes et insupportables à nous-mêmes ? » (p. 67).

Le grand remède est la prière, nous affirme-t-il, et la conversation avec des amis. Mais si « sa source est dans le fond du tempérament […] il faut le secours de la médecine » (p. 69). Qu’est-ce à dire ? Thérapeutique simple et saine : les promenades, l’usage sans excès du vin « créé pour cela  », le chant, la musique…

L’humain n’a guère changé depuis le XVIIIe siècle et Dieu qui a tout créé pour notre bonheur « veut que nous soyons des images de sa bonté, de sa bienfaisance » (p. 49). Le poids de tristesse qui alourdit notre époque en quête de plaisirs ne s’allégerait-il pas si nous osions retrouver les joies glanées au quotidien tel qu’il est, sans refus ni duplicité ?

[L’article de Brigitte Bouillon dont nous reproduisons ici des extraits a été publié dans le Bulletin de spiritualité 2016/1 de la revue Collectanea Cisterciensia, 78 (2016)].