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Levées d’empreintes

En 2006 je rendais compte avec admiration et même un peu d’émotion du beau recueil de Pierre Dhainaut, chez Arfuyen, Entrées en échange. En voici un autre, chez le même éditeur : Levées d’empreintes, qui porte en couverture la reproduction d’une huile sur toile de Marie Alloy, particulièrement accordée au texte. Une soixantaine de poèmes sont répartis en douze courtes sections entre lesquelles la prosodie varie ; la dernière « Offrir et ne jamais finir », est mise à part à juste titre.

Le monde qui se révèle à nous est toujours celui de la Flandre maritime avec sa terre, ses pierres, ses murs, ses oiseaux, ses embruns, ses vents surtout. Mais on y trouve aussi le monde des mots que l’on cherche, qui résistent, s’échappent ou se pressent, s’inscrivent avec bonheur sur la page ; le monde des phrases, des vers, des poèmes.

Le mouvement de ces derniers me semble plus tourmenté que dans le recueil précédent – le monde est plus étranger ou plus violent, les murs se font souvent prison –, voire plus anxieux, dans la plupart des sections. À l’exception toutefois de trois d’entre elles, qui nous offrent des poèmes faits de distiques (« Accords au passage ») ou de tercets (« À la merci des lèvres », « Enfin ce serait oui... »), en vers plus courts : sentences de sagesse, moments d’émotion (pour le second), éléments d’art poétique (pour le premier), accueil d’un enfant nouveau-né, qui est peut-être aussi le poème (pour le troisième, en décasyllabes).

« Accords au passage » me semble être le centre du recueil et l’une de ses plus belles parties, à laquelle je ne préfère que la dernière (« Offrir et ne jamais finir ») dont l’ouverture m’émerveille et, en moi, se fait religieuse.

Ainsi « ... offrir une graine / tombée de l’érable, écrasée ; / Tu la tiendrais au bout des doigts, / il te viendrait un souffle / déjà pour disjoindre tes lèvres / en épelant le mot "samare" / et partir, partir très loin avec elle... ».