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Levées d’empreintes

 Chez Pierre Dhainaut, « le poème a la gorge claire ». Ces deux volumes récents nous en convainquent particulièrement. Bien sûr, il s’agit d’abord d’une certaine tonalité, de la limpidité d’une voix. Mais l’esprit même de l’écriture poé­tique de Pierre Dhainaut se trouve également caractérisé dans cette phrase. Il est question de clarté dans l’attitude du poète face au monde et à sa propre création. (…)
 Dans Levées d’empreintes, la venue de la vieillesse, de l’hiver et de l’endur­cissement se fait nettement sentir. Mais Pierre Dhainaut sait qu’il doit affronter sa « part de ténèbres », s’il veut être pleinement homme et parfaitement poète. Il s’encourage : « Ne te plains pas d’être un passant. » Pour cela, il lui suffit de rester en contact permanent avec «  l’humus et les nuages » et surtout d’accompagner les mouvements, les envols, les croissances, les éclosions innombrables qui l’environ­nent et le pressent. Ainsi, le passage sera inséparable à la fois de la lucidité et de la sympathie, que le poème manifestera hautement, profondément.
 ... nous restons
 à l’affût : quelques mots suffisent, 
 s’ils viennent d’eux-mêmes, 
 de préférence une syllabe, 
 par exemple, fruit ou plaine, 
 lorsqu’ils tressaillent, accroissant 
 la gorge, emplissant le corps.

 Sa « gorge claire », augmentée et comme dilatée, le poème fait ainsi corps avec le réel et avec le poète qui leur est uni naturellement.
 Poème, le nom commun
 de l’aubier, de l’écorce, de la frondaison.

 Cette union passe par le toucher, le regard. Que ce soit l’écorce ou la pierre, la sympathie du poète s’insinue, se glisse comme le vent ou le souffle vivant. Et s’il faut définir le « pays du poème », c’est l’alouette qui est appelée avec son chant « a la proue des vagues ». Regard, alouette et chant sont admirablement saisis ensem­ble dans l’espace circonscrit du poème. La langue est d’une sobriété qui certes pri­vilégie le souffle, mais elle porte aussi en elle une soif de justesse, sans laquelle le chant se perdrait en éloquence.
 Alouette
 invisible,
 le regard juste,
 le regard chante .
 Ce chant s’adresse à toute la communauté des hommes. Il est très significa­tif que Levées d’empreintes se termine par une suite intitulée « Offrir et ne jamais finir ». Pierre Dhainaut fait confiance au poème offrande qui, par son silence même, « nous empêche / de nous éteindre ». Le poème, auquel il ne cesse de penser, dont il ne cesse d’interroger la magie, est comme une terre promise où nous sommes tous conviés à mieux vivre, à avancer de seuil en seuil, de source en aubier, « poème dont les rives auront les contours d’une flamme ».