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Levées d’empreintes

 Il y aurait beaucoup à dire sur la maîtrise de l’écriture que nous semble avoir atteinte Pierre Dhainaut ; sur son sens de la prolepse et de l’interrogation : « Bruit rauque d’un ressac / vient-il du dehors ? » ; sur son univers qui est « la marche à travers les jardins ou l’estuaire » ; sur son attention à la respiration : « il nous faudrait la terre / au lieu d’un lit / au lieu d’un plafond le vent » ; sur sa mystique de l’accueil : « tu la ressentiras en profondeur si tu confonds / l’écoute avec l’ouverture des paumes ».
 Ces vers répondent aux attentes des lecteurs fidèles de Dhainaut. Mais Levées d’empreintes me semble porté par une quête ou par une inquiétude plus nettement exprimées que dans les recueils précédents : « Jusqu’où tu iras / l’humus t’en informe / l’humus et les nuages » ; on voit : « Tu n’aspires qu’à l’envol » salué par : « fais-lui place nette » ou encore : « ta part de ténèbres, tu l’affronteras ». La figure de l’enfant (« l’haleine des enfants ») suscite l’émerveillement et une sorte de terreur sacrée : « Ce n’est qu’un souffle encore et un sourire / quand nous le nommons, que nos mains le prennent / nous nous sentons si maladroits » ; elle s’oppose à « La nuit glaciale, suffocante... ». 
 
Heureusement, « le poème a la gorge claire », car « Aucune mort n’est venue d’un poème ». Sans qu’il y ait contradiction, bien sûr, Pierre Dhainaut chante le « Silence du poème, qui nous empêche de nous éteindre ».