Arfuyen sur Twitter
  • Littérature
  • Spiritualité
  • Sciences humaines

Levées d’empreintes

 Je viens de lire le beau recueil de Pierre Dhainaut, Levées d’empreintes, sous la Résille d’hiver de Marie Alloy. Nous y retrouvons cette écriture toute d’humilité, où les « noms ... se délitent », où les mots sont « friables » et ne demeurent que « traces », « débris », fragilité.
Mais elle reste fidèle, cette écriture, à l’« espace », à l’« étendue », ouverte aux très grands « souffles », ceux des vents, ceux du large, du ressac, ceux qui veillent sur la flamme et qui viennent, tous, simultanément du monde intérieur du poète, des profondeurs du temps et du souvenir. Ce sont souffles qui portent en avant, dans la marche, et soulèvent le coeur jusqu’à élever le « fruit » qui s’épanouit au-dehors et au-dedans de l’être et porte ce « secret » qui « irradie ».
 Une présence nouvelle, ou bien que je n’avais pas remarquée dans ses précédents livres, celle des mains, prégnante, sur lesquelles s’arrête le regard, s’interroge, s’inquiète : « cela débute par ce froissement / d’une peau de sable. » Ces rides, ces marques, ces « taches indélébiles » annoncent notre grignotement progressif, irrémédiable, par notre « part de ténèbres ». S’exprime toujours, dans son poème, cette fascination pour les arbres, accordés au monde, et dont le nom même d’« arbre » « perpétuerait la lumière », contre la mort.
 « Adhérer », accueillir, « réunir », tel est le pouvoir de son écriture, généreuse, offerte à la pierre, à la branche, à l’hirondelle, à la respiration de l’enfant, qui se fait don, « paumes » ouvertes, à chaque poème, et nous aide à nous « ressourcer » aux mots et aux choxes d’ici, à nous redimer d’être des hommes, si imparfaits et malfaisants.
 Nous admirons cette sagesse qu’il conquiert, baigné « des feuillages », des eaux, de « l’humus », des « nuages », pour accepter « d être un passant » alors que tout ce monde dans sa « beauté sonore » nous retient en arrière et nous entraîne à rester immobiles, aveugles au temps. Germination unique, celle du poème et celle de l’arbre, par la grâce du poème, toute distance est annulée entre les choses et nous-mêmes ; tout accord est le lieu du poème. (…)