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Levées d’empreintes

 Levées d’empreintes est le cinquième recueil de Pierre Dhainaut qui paraît aux Éditions Arfuyen. Il est composé de douze parties très différentes quant à la forme ; le poème est tantôt court, tantôt ample, la strophe se réduit parfois à peu, le vers varie de quatre à quatorze, quinze syllabes, le poème devient parfois aphorisme ou presque...
 Mais qu’on ne s’y trompe pas : rien de disparate ou d’hétérogène dans ce recueil. Chacune des suites est parfaitement équilibrée et homogène, tant l’écriture est précise et les vers parfaitement ajustés dans la différence contrôlée des mètres. L’ensemble est aussi homogène car il s’agit toujours de la même approche du réel propre à Pierre Dhainaut, approche toujours recommencée... « Pages de sable dans le veut du Nord », comme me l’écrit Pierre Dhainaut sur la page du faux titre.
 Si le poème liminaire s’ouvre sur une évocation des murs, « Qu’ils soient de pierre, de brique, ce sont des murs » (souvenir de l’enfance qui vient se mêler au présent, au regard ?), très vite la houle, le vent, le souffle circulent dans les poèmes... Et c’est le réel qui envahit le poème, et c’est la place de l’individu dans ce réel fait des lieux et des êtres aimés qui se dessine dans le recueil.
 Je retrouve dans ce livre des réalités déjà abordées par Pierre Dhainaut dans d’autres recueils : la vieillesse et les derniers moments de souffrance sur un lit d’hôpital (« Pourtant tu les as déjà vus, / ces poignets de vieillards, // le moindre coup / contre un barreau de lit / y provoque des taches / indélébiles... »), la fascination devant la vie qui vient de naître et le souffle du nouveau-né qui emplit l’espace, la fascination devant la vie qui s’accroche dans le milieu le plus hostile (« Qu’importe aussi comment on les appelle, / ces fleurs jusqu’en juin abondantes / décelant une terre heureuse / dans le mortier qui relie mal les briques... »). C’est toujours la même volonté de s’accorder au réel par tous les sens (la paume, l’oreille, le regard...), d’accueillir le paysage, l’espace dans ses différentes manifestations, ne pas résister, s’ouvrir par tous les sens : autant de conditions pour que naisse le poème qui dicte son rythme, à l’image de la pulsation du monde... 
 Et puisque je parle de rythme, il y a aussi les variatiuns du rythme du poème pour s’accorder au souffle du monde. Ainsi, dans « Largeur d’écoute », le puème n’est qu’une longue phrase (dans laquelle se succèdent affirmations et interrogations) qui forme comme une ligne mélodique à laquelle le souffle donnerait son rythme... Ainsi, au contraire, dans une autre suite, « Dans l’ordre de la venue », le poème est moins long, très précisément découpé en phrases ; le rythme est autre, haché, dicté par la ponctuation... Toujours s’accorder au souffle du monde, ne pas le dominer... Je retiendrai ce beau distique : «  Le poème, un rivage où nous allons / toujours au-devant du rivage. »