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Les Ténèbres de l’espérance

 Jean Mambrino, poète, jésuite, récompensé du Prix de Littérature Nathan Katz pour l’ensemble de son œuvre, revient chez Arfuyen avec un cinquième recueil de poésie intitulé Les Ténèbres de l’Espérance. La figure oxymorique du titre s’inscrit dans la lignée même des Fleurs du mal de Baudelaire, où le bien côtoie le mal, où l’enfer est contre-balancé par la Lumière Divine.
 Ce recueil est une véritable descente aux enfers comme en témoigne la représentation de la Descente de la croix au flambeau de Rembrandt, illustrant la couverture de l’ouvrage. Aux cris et à la souffrance se meuvent les « âmes tortueuses » des enfers. Les ténèbres c’est le néant, c’est les étendues infinies, c’est l’oubli, l’oubli du visage de l’être aimé, ce sont les guerres qui font tant de morts, l’horreur des tranchées. Les ténèbres, c’est aussi la maladie, comme la myopathie où, étrangement, seuls les enfants atteints sont éclairés de la Lumière au détriment de leur entourage. Mais la présence de Dieu auprès du poète rend ces aléas de la vie supportables, car Il éclaire. La religiosité du recueil fait partie intégrante du champ lexical de l’espérance. On déterre l’espoir dans la prière, la communion, ou même un simple baiser entre « Saints et lépreux ». Face à ces tourments de la vie l’auteur trouve le repos dans « la paix de la prière ».
 Et c’est là le vrai chef-d’œuvre de Jean Mambrino. La fluidité du texte le rend aussi paisible qu’apaisant. Le lecteur a l’impression de se laisser porter par une musique dont les syllabes sont des notes : « Aujourd’hui s’est nourri en dévorant sa faim / Un vent né de poussière aveugle les veilleurs / Ils grattent seuls les parchemins qu’ils étudient / Au bout du chemin, il y a ce trou hagard ». Et lorsque les tenèbres étouffent, la partition s’emballe frénétique, multipliant allitérations.
 En cela, on peut rapprocher l’auteur d’artistes comme Virginia Woolf. L’être est partagé entre son corps comme entité physique, et son état immatériel, où il sort de lui même pour contempler avec paisibilité le néant. II se situe dans la lignée des poètes modernes comme Yves Bonnefoy pour qui le néant infini est empreint de noirceur (Les Planches courbes). Mais malgré tout Jean Mambrino reste un poète unique de par sa confession religieuse qui confère à ses poèmes une teneur spirituelle. Le lecteur après avoir lu ce recueil se sent définitivement apaisé, comme après une prière.