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Les Soliloques enflammés avec Dieu

 Recueillis après sa mort (en 1411) par son ami et conseiller, le frère Jean Scuetken, ces écrits épars de « Gerlac, fils de Pierre » furent rassemblés sous le titre de Soliloquium, en référence à un ouvrage de jeunesse de saint Augustin.
 Gérard Pfister présente ici le texte de la traduction française de 1667 – dont il a modernisé l’orthographe et la ponctuation et simplifié les titres des chapitres. Édition dite de Port-Royal « les Soliloques de Gerlac, chanoine régulier de l’ordre de Saint-Augustin, dit un autre Thomas a Kempis ».
 
L’auteur présumé de l’Imitation de Jésus-Christ fut, en effet, le condisciple de Gerlac auprès de Florent Radewijns, héritier spirituel de Gérard Groote et de la tradition mystique rhénane – Gérard Groote lui-même à l’origine du renouveau spirituel du xlve siècle, la Devotio moderna. L’humilité est au coeur des écrits de Gerlac – lui-même la vécut en lien avec la maladie et les violentes souffrances qu’elle lui infligea (chapitres 6-8 « Vivre caché »). En cela, il est bien dans l’esprit de la mystique rhénane et, comme Maître Eckhart, il envisage la venue de Dieu en l’âme ainsi que « l’engendrement du Verbe de Dieu en nous » (chapitres 32-33 « La plénitude »).
 Si la spiritualité est eckhartienne, l’écriture est parfois proche du saint Augustin des Confessions  : lyrisme (sur le regard et la lumière en particulier), liberté de ton au-delà des convenances des écrits pieux, ferveur (l’amour est comme une flamme), dialogue du « voyageur de la Terre » avec le Christ.
 Comme toujours, dans cette collection, la mise en page est admirable. Un très bel ouvrage.