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Les sermons du prophète

 Né à Schaffhouse en 1446, Jean Geiler dit « de Kaysersberg » ne vécut dans cette ville qu’après la mort accidentelle de son père. Étudiant brillant, puis devenu un brillant docteur en théologie, il ne se sentit pas l’âme d’un curé et préféra l’art oratoire. La Nef des Sages est un recueil choisi de sermons enlevés, destinés à l’édification morale du peuple. Jean Geiler s’exprimait en allemand et eut le génie d’émailler ses prédications de faits tirés de la vie de tous les jours.
 Devenu si célèbre que le chapitre cathédrale de Strasbourg fit construire la chaire qui attire toujours les visiteurs à Notre-Dame, Jean Geiler s’inspira – entre autres – de la fameuse Nef des Fous de Sébastien Brant pour illustrer ses ser¬mons, dont celui de La Nef des Sages, plein de fantaisies animalières et de paraboles fortes : « Heureux l’homme chez qui la raison tient tous les leviers de commande ! »
 En préface, Francis Rapp insiste sur le génie pédagogique du prédicateur : « Les fidèles ne devaient pas seu¬lement comprendre ce qu’il leur disait, mais aussi le retenir. Quand il sentait leur attention faiblir, il racontait des historiettes,[...] puis il suivait à nouveau le fil de son raisonnement ». Jean Geiler, grand pourfendeur des excès de l’Église vit naître la Réforme, ce qui ne le dissuada pas de tonner en chaire et filer la métaphore comme un orfèvre du genre. Il y réquisitionne ce qui peut « parler » à son public, les miettes, les fourmis, les plats de légumes, les chevaux qui s’emballent et les charrettes renversées. 
 Une lecture savoureuse et pleine de cette sagesse antique qui nous fait si cruellement défaut !