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Les Menus propos du Cardinal Saliège

Voilà un drôle d’« objet cardinalice » : ces Menus propos sont de brefs articles qui paraissaient à partir de 1937 dans La semaine catholique de Toulouse, non signés, mais dont chacun sait qu’ils sont de la main de Mgr Saliège, archevêque du lieu.

Fragments, cris ou poèmes : difficile de qualifier ces lignes qui résonnent d’une actualité dramatique. Drame personnel d’abord : l’archevêque de Toulouse, atteint d’une maladie cérébrale à partir de 1936, éprouve du mal à s’exprimer, avant d’être paralysé totalement : « J’aimais parler, et Dieu m ’apris ma langue... Il peut tout prendre, Je lui ai tout donné. »

Dans son Cardinal Saliège Jean Guitton notait que « l’obligation où était Mgr Saliège de penser sa pensée en silence, puis de l’éjecter d’un seul coup, va lui interdire la longueur, l’adjectif, la transition ». La prose n’en est que plus intense. Dramatique aussi par l’époque, guerre et occupation.

Le cardinal jette ses mots, qui sont autant d’armes pour la résistance spirituelle à laquelle il convie les catholiques : « II y a des radios qui mentent, il y a un Dieu qui demeure ». Dès 1938 : « Hitler s’est appliqué haineusement à remplacer l’Évangile du Christ par l’évangile de la race. » Ou encore, le 6 juin 1940 : « De nos jours on est porté à étudier l’histoire de l’homme, car l’homme a une histoire, un devenir, un destin. »

À la fin de la guerre, il écrit avec ironie : « II y a la résistance mystique. Il y a la résistance politique. Il y a la résistance profit. » Le cardinal Saliège fut sans aucun doute de la première.