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Les lettres de la création

 Contrairement aux alphabets de la tradition gréco-romaine, que nous utilisons encore actuellement, l’alphabet hébraïque procède de ce génie propre aux langues sémitiques qui assigne à chaque réalité visible une sur-réalité qui transcende la matérialité en lui conférant une charge permettant d’en déceler les valeurs cachées.
 Ainsi, chacune des vingt-deux lettres hébraïques ne représente pas seulement un signe dont les combinaisons permettent les mots et la transcription du langage oral, mais ont un sens intrinsèque qui se conserve même au sein des mots et permet ainsi de découvrir le sens profond de ces derniers. Dans une de ses nouvelles (Le dernier démon), Isaac B. Singer met en scène l’un de ces « démons » inférieurs qui peuplent le légendaire juif ; pendant la shoah, cet esprit est resté seul dans un grenier rabbinique polonais, il n’y a plus rien autour de lui que l’anéantissement et il ne survit qu’en mangeant une à une les lettres des manuscrits et des livres qui l’entourent, sachant bien qu’arrivé à la dernière, il disparaîtra. Derrière l’allégorie il y a une vérité première : c’est la lettre de la Bible qui nourrit notre esprit ; les rabbins l’ont tôt compris qui ont développé toute une littérature des lettres.
 Voici tout ce que nous révèle Catherine Chalier, avec sa profonde connaissance des traditions du judaïsme. Il faut lire ces pages avec une grande attention car elles changent notre approche du texte biblique. Ce que l’on apprend ici, c’est l’esprit de l’écriture dont étaient pénétrés les scribes qui ont rédigé les livres bibliques. En lieu et place de notre conception purement grammaticale de l’écrit comme instrument formel, l’auteur nous invite à découvrir la fonction spirituelle de l’écriture, et c’est un bien agréable voyage dans la sagesse des lettres.