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Les Eaux profondes

 Une des parts essentielles de l’œuvre de Roger Munier est l’ensemble de ses carnets – aphorismes et notations brèves – qu’il appelle Opus incertum et que l’on a pu comparer à l’œuvre posthume de Joubert. Quatre volumes avaient déjà paru, et voici le cinquième : Les Eaux profondes.
 
Un journal, en somme, sans datation de jours mais avec celle des mois. Écrit surtout afin de se rendre attentif à ces eaux qui coulent en profondeur « sous le miroitement de nos jours sans que nous en avons conscience autrement que fugitivement, par éclairs ».
 
De fait, quels que soient le poids des paradoxes philosophiques et l’élégance des notations sensibles, c’est le message spirituel et ses soubassements théologiques qui éveillent le plus l’attention. On aura vite parlé d’une instabilité entre dualisme et monisme, de pessimisme intégral, de phénoménisme, d’agnosticisme radical face à l’Autre. Ce qu’il faut saisir, me semble-t-il, c’est un ensemble de contradictions fécondes entre de telles orientations fondamentales, qui annoncent un exil existentiel et spirituel, et le rapport effectif aux sens, aux choses, aux êtres, aux mots, à l’absolu, qui témoigne d’un certain degré d’incarnation, de théologie négative, de spiritualité où « un Dieu » peut « surgir ». On pourrait élever une petite critique : il y a beaucoup de questions, dans ce livre, et c’est heureux si la question est une proposition qui demeure ouverte : « est-ce bien ainsi ? » ou encore l’aveu insatisfait d’une ignorance : « qui pourrait me dire ? » Moins heureux si l’on énonce un paradoxe que l’on vous envoie dans les gencives : « débrouillez-vous avec cela ! »