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Les Douze degrés du silence (1)

Dorothée Quoniam naît, en 1839, dans un modeste foyer du Cotentin dont le père, comme journalier agricole, gagne maigrement la vie. Poussée par le dénuement, la famille échoue à Paris où un parent peut l’aider. Mais, en quelques mois, Dorothée perd sa mère, son père et ses trois frères. Elle n’a que dix ans lorsqu’on l’accueille à l’orphelinat des Sœurs de la charité. Elle entre au carmel de Paris, en août 1859, et reçoit le nom de sœur Marie-Aimée de Jésus.

Oui, ce nom lui va bien. Elle se sait très aimée de Jésus qui est pour elle la présence la plus réelle qu’elle connaît. Il l’attend dans sa cellule quand elle y revient, elle le voit assis à la place vacante près d’elle pendant l’office à la chapelle. De son cœur jaillit cet hymne de reconnaissance : « Mon Bien-Aimé m’a dépossédée de moi-même pour que je fusse plus possédée de lui ! Je suis la conquête de son amour. » Or, cette certitude d’être la conquête de l’amour divin s’enracine dans une authentique expérience spirituelle qui l’habite et qui a pris possession d’elle depuis sa tendre enfance. 

Fillette de 4 ans, elle entendit sa mère parler de Dieu en l’appelant « le Très-Haut ». Cette expression la captiva. Sortant devant la maison familiale, dans la campagne normande de ses très jeunes années, elle contemple longuement le ciel en répétant « le Très-Haut ». Puis, portant son regard sur elle, dit : « Que je suis petite ! » 

Il ne faut pas y voir le simple effet d’une vive imagination enfantine, mais un événe­ment spirituel déterminant de sa vie, comme elle l’expliquera plus tard. « Et soudain, l’Esprit de mon Bien-Aimé m’éleva dans les hauteurs inaccessibles, non une fois mais plusieurs fois, jusqu’au Très-Haut, seul Dieu en trois personnes. L’Esprit-Saint, comme l’aigle maternel, me tenait, petit aiglon, dans les serres de sa charité. » 

Au carmel, sœur Marie-Aimée se tenait immobile et debout dans sa cellule à l’heure de midi. La porte ouverte, elle semblait écouter quelque chose avec grande atten­tion. Une jeune sœur l’aperçoit et lui demande, peu après, ce qu’elle faisait ainsi. Elle répondit : « J’écoutais le silence. »

C’est pour cette sœur qu’elle mit par écrit les Douze degrés du silence, pour lui révéler ce que le silence lui avait appris : rien moins que l’union de l’âme avec Dieu. En cher­chant à les comprendre en ce sens, parcou­rons avec elle ces Degrés du silence.