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Les Dialogues de Maître Eckhart avec soeur Catherine de Strasbourg

 Oeuvre apocryphe, Les Dialogues de Maître Eckhart avec sœur Catherine de Strasbourg, est un court récit, publié pour la première fois en 1857 par Franz Pfeiffer, dans leur langue, l’allemand. Le texte a connu une première traduction en français en 1954 (Actes Sud) par A. Mayrisch Saint-Hubert. Le nouveau traducteur, Gérard Pfister, a introduit un découpage en parties et chapitres pour faciliter la lecture.
 On s’interroge sur l’auteur de ce texte : s’agit-il d’un cercle strasbourgeois désireux de mettre en lumière l’importance pour Maître Eckhart du séjour à Strasbourg ? ou bien de disciples qui voulaient faire connaître le message du maître après sa condamnation par les autorités ecclésiastiques ? ou enfin du cercle des "amis de Dieu" autour de Jean Tauler ? Quant à Katrei, "la fille qu’Eckhart avait à Strasbourg" s’agit-il d’une mystique rhéno-flamande ? ou bien de Marguerite Porete, auteur du Miroir des âmes simples et anéanties  ? ou bien encore d’une transposition de Catherine de Sienne, chère aux Dominicains ? Elle symbolise, quoi qu’il en soit, le chercheur de Dieu qui se rend chez un maître afin d’être enseigné sur "le chemin le plus court pour parvenir au bonheur éternel" (p. 33) et qui, déçu par sa lenteur, en vient à l’enseigner lui-même.
 On est frappé par l’originalité, voire la modernité, de ce court texte : il est écrit en allemand, chose peu courante au XIV’ siècle (on sait que Luther appréciait Eckhart, "orfèvre de la langue allemande"), la primauté y est donnée à une femme qui s’adresse sans ménagement au maître : "Taisez-vous, épargnez-moi, vos paroles... vous m’avez fait obstacle" (p. 65). Il reflète les caractéristiques du courant rhénan où dominicains et béguines se rencontrent. En revanche, on sera plus réservé sur la fidélité de ces Dialogues à la pensée d’Eckhart.
 Certes, les traits dominants se retrouvent : la divinisation de l’homme ("devenir par grâce ce que Dieu est par nature" ; Katrei demande à Dieu "qu’en son âme, Il naisse à chaque instant "), l’importance du temps ("il parlait de l’éternité et, vous l’avez compris, à partir du temps", dit Jean Tauler à propos d’Eckhart). Mais s’agit-il bien du "chemin sans chemin" cher au mystique rhénan ? Il est beaucoup question de "voies", d’étapes. On serait, en fait, plus proche des trois voies de Denys l’Aréopagite d’autant que la voie purgative est plus largement traitée que les voies illuminative et unitive. Il n’en reste pas moins que ce petit livre est précieux pour la connaissance de la mystique du XIV’ siècle.