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 YUNUS EMRE

Les Chants du pauvre Yunus

Poèmes du Dîvân

Traduit du turc
et présenté par Gérard Pfister

Collection Les Carnets spirituels
n° 23, ISBN 2845900376

13 €
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Poète mystique turc du XIV° siècle Yunus Emre (prononcer Younous Emré) dans une traduction de Madame Guzine Dino, responsable du département d’études turques à l’École des Langues Orientales.

Depuis lors, bien d’autres volumes de littérature turque (chaque fois en bilingue, ce qui est unique en France…) ont régulièrement été publiés par Arfuyen. Mais il a fallu près de trente ans pour surmonter l’extrême difficulté qu’offre la traduction de la langue de Yunus Emre (1238-1320), à la fois très populaire (à la manière d’un Villon) et d’une très haute et subtile spiritualité (à la manière d’un Jean de la Croix), deux caractères rarement rassemblés dans une oeuvre, qui rendent presque impossible de faire passer sa beauté et sa force dans notre langue. Or Yunus est le plus aimé de tous les écrivains de langue turque. Sa figure est légendaire, ses poèmes sont connus par cœur et chantés de toutes parts. 

Yunus Emre est l’un des plus grands poètes du soufisme. Il est contemporain de Rumi (1207-1273), dont le Dîvân a été magnifiquement traduit par Eva de Vitray-Meyerovitch. L’œuvre de Rumi a été écrite à Konya, en Turquie, dans la langue savante de l’époque, le persan. Plus novateur, Yunus Emre, qui connaissait personnellement Rumi, écrit l’ensemble de son œuvre dans la langue du peuple, le turc.

En cela on peut le comparer à Eckhart, son parfait contemporain (1260-1328), qui renonce au latin pour écrire en moyen haut allemand. Parallèle qui peut même être poussé bien plus loin tant l’audace théologique de Yunus évoque celle d’Eckhart : « La religion de Yunus, c’est toi / de quoi fait-il sa foi / Ce jour-ci ou demain, qu’importe pour l’amour / du début à la fin, il n’y a qu’aimer. »

Le chemin de Yunus mène à cette même Réalité sans nom et sans image pour laquelle Eckhart nous demande de tout laisser : « Abandonner sa religion / est œuvre d’athéisme / Quel est cet athéisme / plus profond que la foi ? »
 Mais il est aussi dans les poèmes une autre voie par laquelle cherche à s’exprimer l’indicible : celle du rythme, selon l’usage des derviches tourneurs de la confrérie Mevlevî, dont Yunus fut très proche : « Ah, mon Ami, dans l’océan de ton amour / Entrer, sombrer – danser / Les deux mondes un seul espace / Mener la ronde – danser ».

Dire seulement la beauté de toute chose et que toute perfection, depuis toujours est là, nous est donnée : au terme de son chemin, Yunus ne dit pas autre chose que cette découverte : « Je désirais Dieu / je l’ai trouvé – quoi de plus / Jour et nuit je pleurais / j’ai souri – quoi de plus // (…) Aux entretiens des Saints / un bouquet de roses rouges / J’ai fleuri, on m’a cueilli / j’ai fané – quoi de plus // (…) Écoutez Yunus, écoutez-le / qui retombe en folie ! / – Dans la sagesse des Saints / j’ai plongé – quoi de plus. »