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Les Centuries

 Qualifié de « Joyau de la prose mystique anglaise » par Jean Mambrino, ce livre est également « une vraie découverte » pour Gérard Pfister, poète et directeur des Editions Arfuyen, qui confie que « Les Centuries est l’un des plus beaux textes qu’il ait publié depuis trente-six ans »...
 Ainsi prévenu, il faut saisir l’instant choisi pour appréhender cette oeuvre confidentielle, restée longtemps inconnue alors que Traherne est, aux côtés d’un Silesius, l’un des auteurs majeurs de la littérature spirituelle du XVIIe siècle et sans doute le plus grand des « métaphysiciens anglais ». Né en 1637, Thomas Traherne est élevé par un oncle aubergiste à Hereford après le décès de son père, cordonnier. En 1652, il est admis à Oxford, puis ordonné prêtre en 1660 et est nommé à Credenhill, près de sa ville natale. En 1669, il devient chapelain du Lord Garde des Sceaux, il vit alors à Londres et dans le Middlesex. Traherne meurt en 1674 à 37 ans après avoir consacré la plus grande partie de sa vie à la contemplation. Magali Jullien, traductrice de cette œuvre, rappelle le destin étonnant des Centuries, ce recueil de courtes méditations, non pas rédigé pour la publication, mais offert à l’attention d’une amie Suzanne Hampton. Ce texte tombé dans l’oubli durant deux siècles, d’abord attribué à Henry Vaughan, retrouve enfin la trace de leur véritable auteur grâce à Dobell et à Brooke.
 Jean Mambrino nous dit dans sa préface que ces Centuries « rayonnent d’une lumière, d’une musique presque issue d’un autre monde... » Et il est vrai que Thomas Traherne, dans une poésie flamboyante qui touche l’âme nue, dessine pour nous, au fil de ses écrits, un chemin qui au-delà des « Merveilles du Soleil » nous invite d’emblée à la « Jouissance du Monde ». Tour à tour, sur le ton de l’aparté puis celui de l’emphase, Thomas Traherne nous livre un magnifique chant d’amour à la gloire de la création et plus simplement de la vie, en cela l’auteur n’a rien d’un mystique morbide ou d’un ascète... Bien au contraire, il nous surprend par des images concrètes qui ont partie liée avec l’enfance lorsqu’il compare les âmes à des pommes !
 Son vocabulaire renvoie à celui d’un hédoniste de chair quand il évoque "l’âme insatiable" ou use de terme comme « goûter » ou « se délecter ». « Tenez-vous-en à peu et vous serez Maître de Beaucoup », voilà une assertion que nous pourrions faire nôtre en cette époque de crise et de perte de repères. Quant à celle-ci, n’évoque-telle pas le combat des écologistes d’aujourd’hui : « La Terre elle-même vaut Mieux que l’Or car elle donne fleurs et fruits. »
 L’auteur nous avait prévenu : « Je parlerai en Paraboles ; Je proférerai des Choses Tenues Secrètes depuis la Fondation du Monde. Des Choses Etranges et pourtant Banales ; Incroyables et pourtant Connues... »
Et c’est bien dans notre quotidien que Thomas Traherne puise inlassablement pour écrire ses Centuries dans lesquelles il n’a de cesse d’exalter « Les Richesses de la Nature. »
 
Encore une fois, loin des mystiques détachés du monde et qui nous semblent de pures abstractions, Thomas Traherne nous incite à vivre pleinement, « à goûter le monde », autrement dit, « à le croquer à pleines dents ». « L’Amour est le véritable Moyen par lequel nous Goûtons le monde », nous confie-t-il, témoignant ainsi de son inébranlable foi en l’être humain. Il déclare : « Une seule Ame dans l’Immensité est plus Grande et plus Excellente que le Monde Entier. » Mais bien évidemment le but suprême pour Thomas Traherne est d’atteindre la Félicité qui passe indubitablement par la Contemplation.
 
 À notre époque que l’on dit « désenchantée », les Centuries de Thomas Traherne nous ramènent vers l’essentiel en nous invitant, comme le fit Socrate, à l’introspection : « Un Homme qui étudie le Bonheur doit s’asseoir seul tel l’Oiseau sur le Toit de la Maison »...Il est vrai que c’est déjà un grand bonheur de pouvoir lire ou relire chez soi, dans un parc ou dans tout autre lieu habité par le silence, cet ouvrage miraculeux débordant de joie et de lumière.