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Les Carnets spirituels d’Arfuyen

L’oeuvre de Maître Eckhart est au cceur d’une originale collection des éditions Arfuyen : d’édifiants « Carnets spirituels », qui font leur miel de toutes cultures et civilisations.

Il se partage entre Paris et Orbey, près du Lac Noir, où il vit en pleine forêt, avec vue étagée sur les Vosges et la Forêt-Noire : Gérard Pfister y entretient, entre mystique rhénane et spiritualité indienne, entre lettres anciennes et poésie contemporaine, la flamme d’une passion éditoriale d’extrême élégance et rigueur, qui lui est venue dans le mouvement de l’après-mai 1968 au sein d’un groupe d’amis travaillés par le même souci littéraire et poétique : quête de liberté, mais marquée au coin de l’exigence intérieure plutôt qu’imprégnée d’idéologies sociales et politiques, ou de sciences humaines, se souvient-il.
 « Littérature„ spiritualité, éditions bilingues, Alsace » : tels sont les quatre pôles naturellement associés de l’action éditoriale d’Arfuyen.
 L’Alsace donc y est au coeur : Jean Hans Arp, Yvan Goll, Ernst Stadler, René Schickelé et Albert Schweitzer y côtoient Nathan Katz, Claude Vigée, Alfred Kern ou Jean-Paul Klée, mais aussi Charles juliet, William Blake, Eugène Guillevic, Rainer-Maria Rilke, John Keats, des poètes turcs et persans, chinois et japonais.
 Et Maître Eckhart de la même façon, y est au coeur de la série des « Carnets spirituels » édités par Pfister : vingt-cinq carnets publiés (de Marie de la Trinité, de Jean Tauler, de Thérèse de Lisieux, de Hans Urs von Balthasar...), parmi lesquels quatre de Poèmes, Dits et Légendes d`Eckhart auparavant inaccessibles, après la réédition déjà, en 1,998, d’un fondateur Sur l’humilité.
 
Auxquels carnets il aut aujourd’hui ajouter ces très singuliers Dialogues de Maître Eckhart avec soeur Catherine de Strasbourg, traduits du moyen haut allemand, par Pfister, préfacés par Marie-Anne Vannier : de courts sermons tricotés dans de longs dialogues, à caractère partiellement ou largement apocryphe probablement, sur l’expérience mystique, entre Eckhart et une soeur Catherine – entre le confesseur et l’une des moniales dont il eut la charge lors de son vicariat, de 13t3 à 1324, à Strasbourg ; à moins qu’en cette Catherine iI ne faille reconnaître la figure allégorique des grandes mystiques rhéno-flamandes qui impressionnèrent le prédicateur, ici mis en scène par le cercle strasbourgeois des amis du Maître ?
 Bel hommage en réalité à la hardiesse de pensée et vivacité de langage de ces dominicaines et béguines – interlocutrices, disciples ou inspiratrices... – qui imprimèrent marque de grand caractère en effet sur la scène mystique rhénane.
 Au plus près de l’esprit de ces Carnets spirituels, Gérard Pfister prend plaisir à associer à Johannes Eckhart dans le calendrier éditorial d’ Arfuven en ce début d’année, l’oeuvre mystique de l’un des grands poètes du soufisme populaire : Yunus Emre, dont il entreprend par ailleurs la traducdon : les Chants du pauvre Yunus sont d’un intérêt tout fait remarquable, et dans sa très érudite préface à ce cahier, Pfister propose examen lumineux de l’une et l’autre passion, de l’un et l’autre destin, et l’un éclairant l’autre. Du maître rhénan au maître soufi, du savant théologien au pauvre poète illettré, et d’un bord à l’autre, dit-il, de l’Occident médiéval : c’est passionnant.