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Le Vol du loriot

 Avec pour ouverture une citation de Thérèse d’Avila, un titre et une photographie d’un vol d’oiseau dans l’épure même du ciel, nous nous attendons à ce que la création poétique se frotte contre l’élévation d’une âme humaine et l’exprime. En vers ou en proses, les poèmes de ce recueil s’inscrivent dans le large de l’espace d’accueil et ces mots sont à entendre dans l’optimisme même. « Le poème nous invite à rejoindre la neutralité éblouissante, le centre incolore et sans limite où le monde à chaque fois s’éveille, s’enflamme et nous enchante ».
 Une prose superpose l’esprit de l’enfant à celui du poète. « Nous sommes tous les enfants de l’infini ». L’infini, un des mots les plus vastes de la langue française tant dans ses sonorités que dans son sens, est indomptable. On ne peut le circonscrire dans aucun cadre. Il se promène dans d’autres vocables qui forment un dégradé autour de lui : ainsi, « l’aurore », « l’eau claire », « l’éveil ».
 Surgissement est la poésie de cet auteur, vol d’oiseau pour paraphraser le titre issu du néant ou d’une nuit noire. Parole simple et brève émerge d’une enfance réjouissante et inquiète le jour où l’expérience de l’éclipse tant attendue ébranle l’enfant qui regarde le ciel et se perd soudain dans sa profondeur illimitée.
 C’est une chute dans le ciel que l’enfant vit jusque dans son corps pensant. « Exaltation et terreur » se superposent comme plus tard l’expérience poétique représentera une autre chute tout aussi vertigineuse et fascinante – une « chute » déterminant dans le même temps le « vol » qui viendra s’écrire faute de pouvoir le parler. L’expérience d’enfance inscrit dans le corps et dans la chair une illumination qui prendra langue dans le poème comme continuité de l’âge ancien et de son étonnante découverte.
 Un texte de prose consacré à une expérience de l’enfance ouvre chacun des regroupements des textes poétiques en vers libres ou blancs et détermine leur direction. Le vol se confond avec le souci d’élévation spirituelle. Le ciel détient un pouvoir que trop d’hommes ignorent. Il appelle à la raison et à la légèreté. La raison, c’est l’esprit dégagé qui engendre la légèreté de corps et d’âme. On aboutit alors dans le passage de la voix du poète à des vérités tranchantes : dans l’indicible, « le poème / est le chant / d’un muet ».