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Le Tigre Absence

 L’oeuvre de Cristina Campo, si l’on met à part ses traductions, tient en un volume de prose, Les Impardonnables, dont l’édition française a paru en 1992 (L’Arpenteur) et un volume de poèmes, que voici. Oeuvre resserrée donc, d’une beauté et d’une étrangeté qui saisissent d’emblée :
 Nous mourrons éloignés. Et ce sera déjà beaucoup 
 si je pose ma joue dans ta paume
 au jour de Van ; et si dans la mienne tu contemples 
 la trace d’une autre migration.

 Dans ces pages, la patience et l’attention dont parle Monique Baccelli sont portées à ce très haut degré qui permet au poème de se jouer de l’indicible.
 Mystique, sans aucun doute – il n’est que de lire l’évocation de la cathédrale de Chartres :« Ô ma jacinthe en sa verte feuille / dans la plaine fumante de pleurs », ou les poèmes réunis sous le titre de Journal byzantin –, la poésie de Cristina Campo se tient dans une région où les religiosités fades ne peuvent respirer, où les clichés ne peuvent se glisser. Le seuil y est une lame tranchante, anges et guépards y dansent ensemble, les images sorties délicatement d’enluminures anciennes ont de brusques étrangetés :
  Macaire l’hypodiacre, tresses tordues sur l’innocente nuque, 
 au pied des icônes se roule comme un chiot d’or.

 

 On décèle du hiératisme dans l’évocation de la mort :
  Pathétique, patricienne
 mort de la mort métropolitaine 
 attestée par quelques poupées figées
 de Cour asiatique : carmin argent et or.

 Il faut noter, parmi les écrivains que Cristina Campo a traduits, Emily Dickinson, Simone Weil, et parmi ceux dont les oeuvres lui étaient proches, Mario Luzi, Hugo von Hofmannsthal. Elle est morte à l’âge de 54 ans, en 1977.
 Le volume est bilingue. Monique Baccelli donne ici une traduction de très haute qualité, qui suit l’original sur le fil de la lame