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Le Thrésor des Prières

 Dans la belle collection Ivoire des textes spirituels, Gérard Pfister publie et présente un livre rare du XVI° siècle religieux, le Thrésor de Jean de Ferrières, avec la réédition en postface d’un bel Éloge d’Henri Bremond.
 G. Pfister compare poème et prière, l’un et l’autre formes de dépassement du langage, et leurs histoires parallèles ; chez les réformés comme chez les catholiques, le XVI° s. a connu un intense effort de rapprochement entre la religion et la vie quotidienne. H. Bremond insiste sur l’importance des livres de prière pour qui veut connaître la religion vécue d’un temps : « Une seule et même grâce, un double courant : celui qui, venant de la formule, a réveillé l’âme et celui qui, venant de l’âme a vivifié la formule » ; il souligne aussi l’origine érasmienne et le caractère biblique de beaucoup de ces prières, leur style savoureux et l’étonnante allure irénique – en ce temps de Ligue – du curé de Saint-Nicolas-des-Champs.
 Il s’agit ici du premier de deux volumes, comprenant les trois premières parties de l’ouvrage : une belle exhortation à prier Dieu au long du jour ; une introduction chrétienne comprenant les prières d’usage ; et, de loin le plus long, le recueil de « prières et oraisons chrétiennes pour invoquer Dieu en tout temps ».
 Après sa mort, Jean de Ferrières fut accusé par ses paroissiens d’avoir protestantisé – sans doute n’était-il simplement pas ligueur – et H. Bremond remarque dans le même sens qu’il n’offre pas de prières liées à la confession sacramentelle, mais c’est pour le laver aussitôt du soupçon. Il est vrai que les prières rendent un son plus « évangélique » (péché, Parole, Évangile, prédication, Saint-Esprit) que « dévot » (sacrements, dévotions, saints, Marie). Mais c’est un singulier effet de la victoire de la Contre-Réforme que de penser qu’au XVI° siècle on était moins catholique si l’on était évangélique. Voici un exemple de son style et de son esprit :
 « Par cet esprit tu as accointé les choses terriennes aux célestes, tu as assemblé tant de langues, de nations, de manières d’hommes en un corps de l’Église, qui est conjoint à toi comme à son chef. S’il te plaît le renouveler aux cœurs de nous tous, toutes ces misères extérieures cesseront, ou certes tourneront en bien et au salut de ceux qui t’aiment. Remets en bon état, Seigneur Jésus, cette confusion présente : étends ton esprit sur ces eaux de doctrines incertaines. Et parce que ton esprit, comme dit le Sage, qui contient toutes choses, a connaissance de la voix, fais de sorte que, comme tous ceux qui demeurent en ta maison ont une même lumière, un baptême, un Dieu, un espoir, un esprit, ils aient pareillement une même voix, tous confessant la vérité catholique. »
 Et une étonnante prière écrite en vue de l’unité des chrétiens :
 « Seigneur Dieu, fontaine de toute miséricorde et bonté, aie pitié de nous, que la parole de foi sorte de ta bouche pour entrer en nos cœurs : crée en nous des coeurs nouveaux et oreilles nouvelles, afin que nous oyons et entendions cette parole bienheureuse de toi, que nous la contregardions et cheminions en son obéissance perpétuellement, et que finalement nous puissions obtenir vraiment la vie éternelle. Car une telle parole n’est rien autre chose que ton Fils, ta sapience, ta force et bras, qui est notre Seigneur Jésus Christ. »