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Le Séjour

 « Et après cela, plus rien. Ne reste que l’oiseau » (p.17).
 Le séjour... n’est-ce pas ce qui nous caractérise tous un peu quelque part, nous autres, êtres en séjour sur cette terre qui nous accueille pour un fragment si court au regard du temps que pourrait durer l’Éternité ? Séjour ici ou séjour là-bas, passage après un séjour inconnu avant de plonger vers un autre monde mystérieux, plus tard.
 Jacques Goorma s’attarde sur cette question en forme de méditation avec des mots doux empreints de simplicité et de rondeur, élégants dans leur expression et leur manière de faire comprendre les choses. Pas de lyrisme ou de tournures alambiquées ici, mais des mots qui fleurent le bon sens et vont à l’essentiel, pour nous aider à cheminer au-dedans de cette vaste notion qu’est le séjour. Voyage intemporel, initiation métaphysique, observation de nous et des autres... autant de démarches qui voient leur aboutissement dans ce recueil de grande qualité.
La sensibilité qui caractérise l’écriture de Jacques Goorma mérite d’être soulignée.
 Pas à pas, par fragments et étapes, l’auteur mène en notre compagnie ce cheminement vers une plus grande connaissance de soi et du monde qui nous offre ce titre de résidence, ô combien temporaire.
  Le Séjour, Le Souterrain, Le Retour, La Rivière, Le Secret, Le Regard, Derrière la porte ou encore Le jour sait, huit découpages en mots pour nous guider dans les méandres de la pensée.
 « Tournoyer inlassablement autour du ciel, rude et splendide besogne » (p.51)
 L’intériorisation poétique, au cœur de ce recueil, permet et/ou oblige le poète à prendre de la distance, à se mettre en retrait par rapport au sujet afin d’analyser la manière la plus précise d’extraire l’essence des mots et de faire parler le langage, de le laisser converser en roue libre, de lui donner la parole. Une parole dont l’auteur reprend toutefois régulièrement possession, lorsqu’il s’interroge, lorsqu’il nous interpelle, lorsqu’il s’arrête sur le poème en tant que création et prend conscience que « D’ici, peut-être, tu pourras voir le poème » (p.57)
 « Les choses et le monde sont au séjour ce que les mots et la parole sont au silence. Le silence est le séjour des mots. Le séjour est le silence du monde. Il est ce qui entend derrière l’oreille, ce qui voit derrière les yeux, ce qui sent à travers la peau. Pas de timbre sans silence, pas de teinte sans lumière et sans vie nul frémissement » (Jacques Goorma).