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Le Retable d’Issenheim

Nouvelle merveille que ce petit livre édité en bilingue par Arfuyen : Le Retable d’Issenheim (L’Altare di Isenheim) de Margherita Guidacci, poème écrit de janvier à octobre 1977.

« Le retable d’Issenheim, explique-t-elle<em, est lié à une visite que je fis à Colmar avec deux amis allemands qui m’avaient invitée à Fribourg. Le polyptique de Grünewald me fit une impression si forte qu’il me semblait ne pouvoir en soutenir la vue. Je lui tournai le dos et me mis à regarder les tableaux de Schongauer tout autour de la grande salle du rez-de-chaussée du musée d’Unterlinden. Mais, même ainsi, je ne me sentai attirée que par le Grünewald qui en même temps m’effrayait. Il avait ébranlé en moi quelque chose que je devais rééquilibrer. C’est pour cela que j’écrivis le poème qui s’intitule Le Retable d’lssenheim. Plus tard, je retournai à Colmar et ne regardai cette fois que le Grünewald. Je restai longtemps devant lui sereinement. »

Le caractère troublant et émouvant de ce recueil vient peut-être d’abord de la rencontre entre une oeuvre (d’art sacré) dont l’auteur – Mathis Grünewald – malgré les recherches menées en en direction du début du XVI° siècle, reste mystérieux, et cet écrivain italien du XX° siècle, qui s’attache à décrire, à décrypter, à s’effacer devant l’oeuvre pour tâcher d’en permettre le surgissement de sens (dans une sorte de parti pris d’atonalité, d’impersonnalité). Et l’on pense par exemple aux "interprétations" du pianiste Glenn Gould dont la volonté de s’abstraire devant la musique de J.-S. Bach équivalait en fait et bien malgré lui, à l’émergence de la subjectivité la plus pure. Un style unique ! Magnifique. 

Et pour l’un. Et pour l’autre. "Grünewald, verte forêt, verte la forêt de la fièvre où les sentiers s’enfoncent sous les arches bruissantes. En suivant tes traces, pourrons-nous la traverser ? Pourrons-nous, marcheurs désarmés, survivre aux fourches inquiètes, aux clairières maléfiques, nous sauver des embuscades, repousser les fantômes ? Et serrerons-nous enfin, tirés en sueur par le réveil d’ombres crues et de lumières convulsives, ton espérance comme une rose diaphane ? Ou ne reste-t-il à nous attendre qu’un peu d’argile humide entre les feuilles rongées dont s’exhale l’odeur de toute décomposition ?"  

"Con ignota dolcezza e ignota pena la giovinetta chiusa nell’ ascolto sente stormire in sé i giorni futuri" : "Avec une inconnue douceur, une peine inconnue, la jeune fille recueillie dans l’écoute sent bruire en elle les jours futurs."