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Le repos inconnu, une œuvre de très haute spiritualité

 Toute poésie naît d’une rencontre. Et donc d’un état de veille, parfois même d’alarme. Veille et rencontre qui prennent, pour le poète épris de Dieu, une signification forte, un sens avéré.

Assurément, l’angoisse, le sentiment du vide répondent plus souvent à l’attente que la plénitude ou l’illumination. Mais qu’importe ! Même au cœur de la nuit et de l’abandon, ces poètes de la présence, ont hâte de dire, de chanter l’objet infini de leur amour. Le mode d’oraison qui a nom poésie n’a ni interruption ni distraction.

« L’angoisse de la nuit / la première / verra l’amour », écrit « une moniale », qui ne signe ses vers que par cette identité par laquelle elle se fond dans sa communauté. Max de Carvalho, lui-même poète inspiré et fervent, a recueilli les carnets de poésie de sœur Catherine-Marie de la Trinité au parloir du monastère de Prouilhe, dans l’Aude (fondé par saint Dominique en 1206). Née en 1926, la moniale entra en religion en 1948. Elle fit profession perpétuelle en 1953. La première rencontre entre le jeune homme et la religieuse eut lieu en 2001. Deux ans plus tard, il publiait un premier choix de poèmes aux éditions L’Arrière-Pays sous le titre Le Mendiant d’infini, épuisé depuis. La présente édition, est complétée et entièrement refondue. Sans aucun doute possible, nous sommes devant une œuvre de très haute spiritualité. La beauté, la profondeur et l’admirable économie de ce langage étant immédiatement perceptibles : lisant ces vers, nous touchons leur source.

Il ne faut pas se tromper sur le sens et la nature d’une telle poésie. J’ai évoqué à l’instant l’oraison. On parle d’oraison mentale – le silence étant comme son espace naturel – ou d’oraison jaculatoire, lorsque l’invocation à Dieu, à ses saints ou à la Vierge jaillit du cœur, avec les mots brefs de l’amour et de la supplication. C’est entre ces deux pôles, ou modes, qu’il faut situer ces pages. « La nudité de la vision, explique Max de Carvalho, induit parfois ici celle de l’expression. » Et plus loin, parlant de la mission de la moniale : « Son ministère d’adoration et d’intercession dilate son cœur à la Vie innombrable. »

Avant d’inviter le lecteur à découvrir, dans les poèmes de la religieuse, l’expression si émouvante et adéquate de cette « dilatation », retenons ces mots : « Vie innombrable ». Dans le périmètre du cloître et du monastère où sont nées ces pages, puis dans celui du monde qui lui correspond, c’est bien de cela qu’il s’agit : pas d’une restriction, d’une soustraction, mais d’un accroissement. Prenez ces vers par exemple : « Mon cœur repose / en l’ignorance. / L’Infini lui suffit. » Au-delà de toute vanité, de tout retour sur soi (comme on dit sur investissement), ce repos, cette ignorance consonne avec l’Infini. Et cette suffisance s’oppose très exactement à l’autosuffisance à laquelle, sans cesse, le monde nous invite. Ou quelques pages plus loin, cette crainte et ce tremblement : « Nuit, longue nuit / de l’esprit en prière / sans autre savoir / que la vacante ténèbre de Dieu. » Ce « savoir » ténébreux, d’autres mystiques, et les plus grands, l’ont sondé, interrogé. Ce mince volume prolonge cette interrogation essentielle.