• Littérature
  • Spiritualité
  • Sciences humaines

Le repos inconnu

Dans l’amour désintéressé et passionné d’un Dieu insondable, la Sœur Catherine-Marie, « mendiante d’infini » selon les termes de Max de Carvalho, prête aux mots la substance de son désir comme une femme entamerait un dialogue avec l’amant idéal de toute une vie. La poésie d’une croyante offerte à Dieu est une ouverture pour qui voulait sortir d’un désespoir. « J’étais cet aveugle / au bord du chemin, / accablé de trop / lourdes ténèbres. / Tu as frôlé mes yeux / d’une rosée de lumière. / Je bois Ton Visage, / ô merveille ! / et Ton regard de feu. » À la « source », se trouve la « soif » qui exalte la si grande avidité de cet Autre incommensurable.
 
La langue imprègne avec tant de douceur la surface de la page que le non-croyant se laisse embarquer sur cette caravelle de l’amour. Une nonne s’abandonne totalement au verbe comme à la divinité louée. Elle donne forme à ce grand indicible à travers des comparants tout aussi intangibles que leur comparé. La présence de ce Dieu chrétien pourrait alors s’élargir à n’importe quelle expérience épiphanique vécue par quiconque au moins une fois dans sa vie. 

L’émerveillement se traduit par l’« éclat de cène fleur au soleil », la « blancheur des cimes qui me ravit », le « léger rayon de soleil caché dans cette combe baignée d’ombre encore et de mystère », la « profusion de diamants semés par la nuit qui émaille l’herbe des champs ».

La relation est quotidienne comme dans un couple où le tutoiement est de mise. Ce « Tu » absolu, « présence d’absence », manque porté en soi et révélation de ce manque, caractérise l’aspiration d’un être avide de totalité. La divinité est intériorisée dans un élan radical mais dans un certain asservissement, heureux cependant, comme le terme « emprise » le laisse entendre : « Je vis sous l’emprise / de ce chant de silence / plus doux qu’un / murmure de brise. / En moi l’Esprit fait tout, / Il ajuste les cordes / et Il joue... » Cette emprise est la dépendance à l’Autre dans une passion qui laisse peu d’intervalle libre pour soi.

C’est seul, dans le silence, parfois l’obscurité, que s’opère la magie de la vie avec la divinité renfermant toutes les qualités que l’on voudrait laisser parler en la personne de l’humain inscrit dans un absolu, une lumière, un idéal. La prière vient se confondre avec les mots du recueil poétique qui regroupe des poèmes déjà parus sous le titre Le mendiant d’infini, et auxquels est venue s’ajouter la continuité de l’échange passionnel, dans la tentation, la tentative, l’approche de soi en communion avec l’Autre. Dans l’expectative, inquiétude et bonheur s’y conjuguent harmonieusement.