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Le Repos dans la lumière

 Les éditeurs de Joubert rencontrent perpétuellement le même problème. Ou bien l’on publie des « pensées », classées ou non selon un ordre systématique, et il en résulte deux grands inconvénients : on manque l’évolution humaine et spirituelle inscrite dans ses carnets qui forment un véritable journal, et l’on risque de donner une portée assertorique à un ensemble de notations légères et ouvertes. Ou bien l’on édite l’ensemble des Feuillets et Carnets sous une forme chronologique et complète, comme l’a fait Beaunier, et l’on a les deux volumes admirables d’un itinéraire de vie, mais ils sont pesants et contiennent nombre de scories. L’option prise par Jean Mambrino est heureuse : un choix, mais donné dans l’ordre chronologique et pratiqué avec la sensibilité d’un poète et d’un excellent critique. Un article, publié dans Études en 1996 mais inédit en volume est offert comme préface : un beau texte, fait de citations et en même temps très personnel, qui caractérise finement le style de Joubert comme homme et comme écrivain. 
 Dans le choix, le moraliste (souvent inattendu), le chercheur de Dieu (tellement spiritualiste qu’il nous essouffle un peu – mais tant de fragments sont magnifiques par leurs intuitions et leur frappe), le poète et l’esthéticien (peut-être les instantanés sont-ils un peu trop avantagés en regard des méditations plus longues) sont bien représentés. Joubert est tout entier dans cette phrase : « Parler plus bas pour se faire mieux écouter d’un public sourd ».