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Le regard en dedans d’Henri Meschonnic

 Ce diable d’homme a tant écrit d’essais sur le langage, la parole poétique dans tous ses états, revisité la Bible, Spinoza, il a tellement ferraillé contre les fausses gloires, mis à nu quelques clercs, qu’on en oublierait presque qu’il est d’abord et avant tout un poète, et non des moindres. En effet, Henri Meschonnic ne nous donne-t-il pas à lire avec Tout entier visage (Éd. Arfuyen) son onzième recueil de poésie ?
 On entend ici une voix tout à la fois tendue et jubilatoire, tendue lorsqu’elle affronte le mystère sans fond d’une parole poétique qui, à la fois se donne, et se dérobe, lorsqu’elle salue ce silence habité, indicible du silence qui vibre entre les mots, jubilatoire lorsqu’elle célèbre la vie, notre présence aveugle au monde, chante l’amour dans un registre des plus allusifs. « j’entends/ce qu’on n’entend pas / je sais qu’on ne l’entend pas / que je suis seul à l’entendre / ce sont les choses à venir / et je les ai dans ma bouche / mais je ne sais pas les saisir ». 
 
N’est-ce pas là tout à la fois, le don et la malédiction du poète authentique que de se heurter sans cesse à cette difficulté de saisir l’insaisissable dans les mailles de son poème ?