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Le premier regard

 Alain Suied vient d’enrichir son oeuvre poétique qui comptait déjà près de onze titres, d’un nouveau recueil : Le premier regard, publié aux éditions Arfuyen. Le thème dominant de cette oeuvre dense et belle, est celui de l’enfance avec tous ses corollaires : la nostalgie de l’unité perdue, l’éveil au réel, la conscience du manque, la déchirure, la violence du vivant et l’aspiration à la pureté.
 Suied a renouvelé en profondeur ce topos poétique qui, depuis Baudelaire et ses épigones œdipiens, était traité comme une nostalgie du « vert paradis des amours enfantines » à cause de leur immaturité et leur incapacité d’affronter la mobilité du temps, la dureté du réel et la relation féconde avec autrui.
 Pour Suied, la quête de l’origine est une manière de maintenir, par un questionnement sans cesse renouvelé, un rapport vierge avec les choses et les êtres, comme si on les découvrait pour la première fois ; car cette relation originelle, permet de débarrasser la réalité de toute l’usure générée par l’habitude et les perversions du langage commun, afin de retrouver : « L’origine lointaine et fatale / invisible et présente ! qui appelle et transmet sans paroles / le rêve premier et dernier de l’être. » L’enfance finit par incarner chez Suied la lumière de toute création, l’émergence éclatante de l’amour et la liberté. C’est pourquoi cette renaissance, que le poète souhaite perpétuelle, ouvre à l’être : « Un horizon de bras aimants / de mains ouvertes / de regards soucieux / un horizon de mémoire / un chemin libre. » 
 
Malgré le caractère métaphysique de sa thématique, A. Suied en poète musicien, a su éviter le style sec, inhérent à la méditation philosophique, grâce à sa capacité d’écouter et de rendre la plus belle vibration de chaque mot, jusqu’à en faire jaillir les sons les plus mélodieux. Ainsi ce recueil est une illustration parfaite de l’harmonie qu’un vrai poète peut établir entre le poème et la métaphysique, lorsqu’il sait tourner le dos à la mode formaliste qui a vidé la poésie de tout contenu, alors que le souci premier d’A. Suied est de trouver le lien nuptial le plus heureux entre le son et le sens.