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Le Petit Livre de la Vie Parfaite

 Édité pour la première fois par Luther en 1516 et traduit en français, dès 1558, par Sébastien Castellion, ce Petit Livre de la vie parfaite a pour auteur, si l’on en croit le texte liminaire, « un ami de Dieu » qui fut « un temps chevalier teutonique, prêtre et custode au monastère [...] de Francfort » (p. 23) : il reste pour nous « l’Anonyme ».
 L’ouvrage se situe dans la tradition de la mystique rhénane, comme les oeuvres de Maître Eckhart, Suso ou Tauler. Sans doute l’Anonyme de Francfort ne possède-t-il ni la culture scolastique ni la vigueur de la prédication allemande d’Eckhart, mais on trouve chez lui une clarté d’expression, une simplicité de ton fort attachantes et il est frappant de constater qu’au cours des siècles, catholiques et protestants, religieux et laïcs, se sont reconnus en lui. « Aimer le meilleur », « les trois chemins », « les deux lumières », « la volonté, éternelle », autant d’étapes qui jalonnent ce parcours commencé avec « la libération » pour aboutir à « la noble liberté »
 À ce sujet, il faut noter que l’Anonyme marque ses distances avec les « Frères et Soeurs du Libre-Esprit » lorsqu’il s’oppose aux partisans de la « fausse liberté » (.p. 90 ou p. 156). Les pages les plus originales sont peut-être celles qu’il consacre à la théologie de « l’homme déifié » (p. 129-130), proches de la pensée d’Eckhart dont une des propositions suspectées d’hérésie disait : « Une femme devient Dieu » (n° 13). On relève aussi de très belles formules telles que : « L’attrait du Père », « l’amour de l’Un pour l’Un » (qu’il ne faudrait pas imputer à du néoplatonisme) ou encore : « se laisser combler par Dieu ».
 Gérard Pfister justifie par un désir de rendre le texte accessible au lecteur d’aujourd’hui les options qu’il a retenues pour la présentation (texte distribué en courts paragraphes) et pour la traduction (supprimer les aspérités liées au caractère archaïque du moyen haut allemand du XIV° siècle, tenir compte des habitudes actuelles d’écriture). Quant au titre, récusant celui de la deuxième édition de Luther, Eyn deutsch Theologia, curieusement traduit en français par Théologie germanique – qui refléterait la polémique anti-romaine –, il lui a préféré le titre donné par Luther à sa première édition. 
 Comme toujours chez cet éditeur, le texte est admirablement mis en page.