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Le Pays perdu

 Après le livre de la question, celui de la tentative du déchiffrement, tout en sachant que le mot premier est perdu, que le mot de passe a été égaré. Dans la question réside pour les uns la culpabilité, pour les autres le mystère. Pour certains les deux, culpabilité et mystère. Alain Suied la situe entre culpabilité, oubli de la Loi et mystère enraciné dans le silence des organes. II se sait le témoin de l’impossible, et sait obscurément que le message est à venir. Non un vague message ouvrant sur un refuge tout aussi vague, mais sur le projet d’une douce respiration d’un monde accessible. Bien qu’il écrive le contraire, je m’en tiens à cette impression d’accessibilité, de finalité heureuse.
 Entre ces deux notations, laquelle saisir pour y fixer ce poète dont les textes hantent la poésie actuelle en quête de réponses directes, de solutions clé sur porte :
  ... le sourire
 politesse du néant
 Le monde vient de naître
 si tu lui tends les bras
 
Ni apparences, ni illusions, il y a chez Suied l’urgence et l’incontestable nécessité de n’aimer rien d’autre que la vérité intérieure des êtres. II joint ainsi au sens poétique, l’appel de l’éthique. Les deux, le porteront-ils vers l’analyse existentielle. Entre la décharge du trop plein et le vivre avec. Alain Suied trace sa voie, celle de vivre dans la proximité des absents et de s’y enraciner
 tu atteins le pays perdu.
 .......................
 Rien n’a changé
 sinon la couleur de l’absence
 
Tout Alain Suied est en ce livre, dont j’inverse le titre. Il nous donne, sinon le pays retrouvé, du moins ce qui l’annonce... Le Passé revient : ne le retourne pas ! Le pays n’a pas été expulsé brutalement, il s’est glissé subrepticement dans l’aujourd’hui, dans la transparence. Briser le cristal, pour en connaître le principe, pour comprendre que l’autre est moi ... sans détours.
 Le monde continue à nous parler, même lorsque nous plongeons. Le monde nous parle, justement, lorsque nous traversons ce qu’Alain nomme le négatif. Il faut attraper la balle au bond, saisir la corde de rappel  : parfois un poème, une main, un silence. Le livre d’Alain, la lettre de Lucien, le parfum de quelques herbes
 La violence du destin humain 
 C’est là aussi
 que tout commence. 
 La peine ou la joie
 la passion offerte
 ou brisée
 a chance ou la loi :
 nul ne sait
 dans quelle ombre
 elle attend
 bondir
 et foudroyer – la secrète
 l’indéchiffrable, la familière 
 blessure.